Du whisky pour les éléphants
A la mort de ses parents, le jeune Jacob (Robert Pattinson) voit son avenir sauter en éclats et décide de tout plaquer pour partir à l'aventure. Il s'embarquera donc par hasard dans un train des plus atypiques hébergeant une troupe de cirque itinérant : les Frères Benzini. Face à l'autorité du directeur August Rosenbluth (Christophe Waltz) dont l'haleine alcoolisée peine à éloigner la Grande Dépression, Jacob découvrira un revers de décor misérable et instable dans lequel il ne devra son salut qu'à ses connaissances d'étudiant vétérinaire. Il y apprendra l'expérience que les bancs universitaires n'offrent pas et y rencontrera la belle et talentueuse Marlène (Reese Witherspoon), femme d'August et artiste au coeur du numéro vedette, avec qui il sera chargé de dompter un éléphant pour faire sortir la troupe du gouffre.
Un potentiel bien peu utilisé, c'est ce que je retiendrai de cette adaptation cinématographique du roman de Sara Gruen. De l'eau pour les éléphants nous narre l'histoire banale d'un triangle amoureux sur fond forain dont la fin est prévisible à dix mille numéros. Le jeune, beau et doux Jacob va s'éprendre de la jeune, belle et douce Marlène grâce à l'affection mutuelle qu'ils éprouvent pour un éléphant mais devront affronter le courroux du vieux mari terrifiant August pour rendre leur idylle réelle.
Outre l'originalité de l'histoire, on n'oubliera pas de relever le jeu des acteurs qui ne donnent à leur personnage qu'une platitude stéréotypée. Si Robert Pattinson joue un Jacob Jankowski comme un Edward Cullen, la quasi transparence de Reese Witherspoon est contrebalancé par ses numéros d'acrobate qui donnent le sourire à défaut d'émouvoir. Seul Christophe Waltz semble garder la tête du mari jaloux hors de l'eau grâce à une humanité fragile agrippant la compassion.
Pourquoi une note si généreuse, me direz-vous, avec une critique si négative? Malgré tout, l'univers du film est plutôt formidable. J'ai lu 2-3 critiques qui désespéraient d'un décor peu réaliste alors que c'est ce même décor qui m'a transporté dans les coulisses d'une troupe foraine des années 30, aux bancs de déjeuners conviviaux entre passionnés d'un monde d'artistes, les cheveux emmêlés par une haleine de fauve en cage, assoupie sur une couchette miteuse et bercée par le frottement des roues contre les rails nous menant vers un public encore à convaincre (Après j'ai plutôt une piètre connaissance du cirque au cinéma à l'exception de L'Homme qui Rit mais ça n'enlève pas la magie du voyage).
On se prendra également d'amitié pour ces animaux-acteurs dont la star, j'ai nommé l'éléphante Rosie, nous donne larme à l'oeil.
Pour conclure, De l'eau pour les éléphants dessine avec finesse le fragile et précaire quotidien du cirque itinérant, ancêtre de l'intermittence de notre époque, ruiné par des personnages et une intrigue d'une originalité banale.
Pour les amoureux du monde artistique et des comédies romantiques jouées par des apollons, c'est à vous!
"Quand un cirque se meurt, quand les animaux mangent des déchets, que mangent les Hommes ? Rien ! Tu as du mal à tolérer qu'un animal souffre, voilà qui est noble et généreux mais ça prouve seulement que tu n'as jamais vu d'êtres humains qui souffraient ! "