Philippe Meyer se propose de nous conter l'aventure meurtrière du nazisme, le film s'ouvre sur les rassemblements de Nuremberg en 1935 montrés par Leni Riefenstahl dans "Le Triomphe de la Volonté" et se termine au procès dans la même ville qui n'est plus que ruines à perte de vue onze ans plus tard, en un peu plus de trois heures à grands renforts d'images d'archive montées par Frédéric Rossif.
Une initiative qui a fait date en France. Quelques erreurs factuelles (dont une assez bête sur le prénom de Tolstoï entre autres), des erreurs d'images (dont une du siège de Leningrad transposée à... Stalingrad, ou un combat de chars ayant eu lieu dans les rues de Cologne montré comme se passant à Berlin, des scènes à Breslau montrées comme se passant à Berlin...), de gros raccourcis et de grosses impasses (sur l'histoire de l'Union soviétique, le Japon, l'Anschluss, les Einsatzgruppen aussi, ou quelques épisodes locaux assez dramatiques comme le cas de l'Alsace-Moselle ou les massacres de Lidice et Oradour mais là je pinaille), et des citations d'Hitler pour la plupart tirées d'un bouquin que les spécialistes considèrent à présent comme très peu fiable voire mensonger ("Hitler m'a dit" d'Hermann Rauschning), ce qui est plus grave, mais ce film reste probablement l'un des documentaires les plus abordables pour le grand public pour introduire sur cette période qui a sans doute changé à jamais le visage de l'humanité (et qui n'en finit pas de pourrir l'imaginaire collectif, demandez à n'importe quel politicien s'il n'a pas employé au moins une fois dans sa vie des expressions comme "comme dans les années 30", "les heures les plus sombres" etc...).
Le montage est plutôt efficace, surtout avec la terrible ironie sur les déclarations de paix d'Hitler, et la musique de Vangelis vous hantera longtemps (un peu trop appuyée cela dit, là c'est le didactique qui entre en conflit avec l'ajout de spectaculaire et l'émotion véhiculée...). Mais, avec uniquement des images d'archives en noir et blanc et aucune interview de témoin, il fait cependant bien pâle figure à côté de "The World at War" par exemple (bien plus long il est vrai). Ce dernier présente un visage bien plus "humain" du conflit étrangement, sans l'omnipotence du narrateur et l'impact de la musique, là où "De Nuremberg à Nuremberg" se fait un reflet bien plus glacial et fantomatique du passé (faut-il remercier Vangelis ou s'en plaindre?)... Les Comedian Harmonists en fond sonore par contre c'était une bonne idée, ça m'a permis de les découvrir.
Chose étrange, la version DVD a été tronquée par rapport à la VHS, il manque des séquences, notamment celle qui m'intrigue sur le "canon à essence" qui aurait dissuadé les allemands de débarquer en Grande-Bretagne en 1941.