Ma critique (et ma note) s'adressent au film en lui-même, mais aussi et surtout à sa place au sein de la filmographie de Cronenberg, puisque je fais actuellement un marathon de son œuvre.
Le film nous plonge dans l’histoire de Johnny Smith, magnifiquement interprété par Christopher Walken. Johnny est un professeur qui, suite à un accident et un long coma, se réveille doté d'un pouvoir de voyance lui permettant de voir le passé, le futur et même les secrets des morts au simple contact physique. Bien que ce don soit dévastateur pour sa santé, nous suivons sa tentative de reconstruction : sa fiancée qui est partie, le décès de sa mère... Drame oblige, c’est une lente et douloureuse descente aux enfers qui se conclura par son sacrifice pour sauver le monde d’une potentielle Troisième Guerre mondiale atomique.
Commençons par les points positifs : le film est d'une grande lisibilité. On passe un bon moment et la qualité visuelle est au rendez-vous. Les plans sur la neige, les tunnels sombres ou la demeure de l’antagoniste sont très beaux. La séquence de la révélation du meurtrier, par exemple, est très bien filmée et montée, jouant habilement avec les sauts entre le passé et le présent.
Christopher Walken est à lui seul un argument de poids. Il incarne avec minutie ce professeur un peu nerd qui devient, malgré lui, un prophète illuminé. Le reste du casting est parfois un peu en retrait, sans que ce soit vraiment dérangeant. Enfin, la musique est exactement ce qu’on attend d’un drame des années 80 : classique, mais efficace.
Qu’est-ce qui ne marche pas ? Mon avis est mitigé sur la narration. Le plus gros défaut est, à mon sens, l’antagoniste (le futur président des États-Unis). On nous le présente comme un homme hypocrite et égocentrique capable de déclencher l'apocalypse, mais on le voit trop peu et trop tard. On sent la toile se dessiner en arrière-plan, mais la menace ne prend pas vraiment. En comparant avec l’œuvre originale (bien que je n'aime pas toujours faire ça), le grand méchant aurait dû être présent bien plus tôt.
Ce problème se généralise au découpage du film. Je n’ai pas l’impression que les chapitres dialoguent entre eux ; on dirait plutôt une suite d’épisodes d’une série policière où le héros serait un médium, avec un simple fil rouge pour relier le tout.
Concernant les pouvoirs, ils sont sous-exploités par l'entourage du héros. Johnny sauve une fille, retrouve une disparue, terrifie un journaliste et démasque un tueur en série en un clin d'œil... Je peine à croire que la seule réaction du monde extérieur soit l'envoi de quelques lettres recommandées.
C'est mon interrogation finale. Bien que Cronenberg prouve ici qu'il est un réalisateur talentueux et solide, je ne l’ai pas retrouvé dans ce film. Après avoir vu une bonne poignée de ses œuvres, j’ai d'habitude l'impression de ne voir que sa patte. Où est le sexe (malgré une scène avec son ex) ? Où sont l’horreur et le gore ?
Même sans limiter Cronenberg au body horror, ses thèmes habituels sur le rapport à l'identité et la chair sont ici absents. La scène du suicide du tueur en série est révélatrice : pourquoi si peu d'image ? Pourquoi ce cut ? C'est là qu'on sent le film de commande hollywoodien (dont John Carpenter aurait pu hériter, pour l'anecdote).
Bien que le film soit globalement bon, il fait un peu tache(ou du moins figure d'exception) dans ma lancée de visionnage de Cronenberg. Il n’en reste pas moins un réalisateur qui me parle et dont j’apprécie énormément le travail.