Lancer un film sur une plateforme, que se soit Prime ou Netflix ou autre, c’est un peu comme une roulette russe inversée : 5 chances sur 6 de regarder un produit de consommation digne d’une boite de vis à bois 4X20, autrement dit un objet d’une banalité si affligeante que vous aurez oublié ses caractéristiques à la fin de cette chronique. Deadstream semblait même cocher tout ce qu’il faut pour m’agacer voir même m’évoquer un certain plaisir personnel à base de rape à fromage que mentionne ce cher Ford Fairlane dans le film narrant ses aventures, c’est dire si je ne partais pas positif... pourtant...


Le pitch évoque de nombreuses oeuvres contemporaines, à la qualité souvent inverse au succès rencontré, et nous propose d’accompagner un créateur de contenus en perte de vitesse et de monétisation durant une nuit à l’intérieur d’une maison hantée. Mais là où des choses à la Paranormal Activity optent pour un surplace narratif rempli de blablas inutiles histoire de meubler entre deux portes qui claquent et autre bruits de chocs probablement dus à un Casper en pleine imitation d’un quelconque pachyderme alcoolique, Joseph et Vanessa Winter foncent à l’exact opposé. Dès l’introduction le personnage est clairement défini : un idiot de première surfant sur un style à la Jackass, avouant lui même que le courage n’est pas la première de ses qualités lorsqu’il jettera les bougies de sa voiture dans la forêt avoisinante. Si le choix de placer un loser en guise de protagoniste unique ne favorise pas l’identification, il évacue une partie des critiques généralement faites aux diverses productions horrifiques, n’étant pas le couteau le plus affuté du tiroir (on tient plus du modèle enfant à bout arrondi) ses choix ne seront pas des plus éclairés, tout comme la voiture ne démarrera pas. C’est sur cette même lancé que notre couple (dont monsieur officie aussi dans le rôle du streamer neuneu) vont optimiser leur récit en réduisant la durée ne laissant ainsi aucune place au superflu. Chaque action a sa conséquence, chaque détail sera rappelé plus tard et si le flux de la conversation vient parfois rappeler un élément on ne se sent jamais pris pour un demeuré à qui on devrait formaliser en continue les enjeux du récit à l’aide de dialogues lourdingues.


Les Winter nous prennent bien par la main, mais pour nous emmener à bord d’un grand huit que n’aurait pas renié le Sam Raimi d’Evil Dead 2. Le rythme y va crescendo et notre sous-doué va prendre cher, très cher même. Chutes en tous genres, bain poisseux, coups variés, doigts dans le nez, morsure aux parties, tout semble bon pour le martyriser et le transformer en Ash Williams nouvelle génération, partageant avec son ancêtre une absence totale d’accointance à toute forme de réflexion. Les 1h27 du métrage filent donc à tout allure et jamais l’ennui ni une quelconque impression de redondance ne se feront ressentir, le tout étant boosté par la prestation énergique de Joseph Winter et ses cris de fillette ainsi que par une mise en scène qui parvient à exploiter aux mieux un style, le found footage, pourtant limité de par son concept et des effets spéciaux à l’ancienne plutôt réussis.


Au final, Deadstream c’est du cinéma bis à l’ancienne, le genre de films qu’on prenait avec plaisir au vidéoclub pour une soirée pizza bière, un objet conçu par des amoureux de genre qui, s’il n’est pas révolutionnaire, bénéficie d’un sérieux salvateur mais aussi d’une forme de bonne humeur communicative. Donc ne boudez pas votre plaisir et foncez, plusieurs jours après je souris encore en repensant à certaines scènes et.... les vis, c’était du 4X20.

Jerome_Roulon
7
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le 20 juin 2026

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Jérôme Roulon

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