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Corny
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En route vers la maison de campagne de la richissime famille qui l'emploie en vue d'obtenir une promotion alléchante, Elliot pense profiter du voyage pour renouer (très maladroitement) un lien avec Ridley, son adolescente de fille, défait depuis la mort de sa femme et le choix qu'il a malheureusement fait de privilégier sa propre réussite professionnelle aux préoccupations de celle-ci.
Alors que les travers de cette relation s'expriment à l'intérieur de leur voiture sur une route isolée en forêt, ils écrasent par mégarde un mystérieux animal... qui semble être une licorne.
Un film de licornes folles furieuses, prêtes à encorner violemment de l'humain aux intentions malveillantes à leur égard, produit par Ari Aster (sous pavillon A24) et avec un casting quatre étoiles, autant dire que "Death of a Unicorn" plaçait toutes les chances de son côté pour nous emporter dans un délire au moins aussi unique que ses créatures mythiques ici pensées en dangereux antagonistes (surtout que, hormis quelques apparitions belliqueuses comme dans "La Cabane dans les Bois" ou "Shazam! Fury of Gods", les licornes n'ont jamais eu de vraies veilleitées meurtrières sur grand écran de mémoire).
Bon, par l'étonnante linéarité de son récit et le caractère prévisible de ses personnages prétextes à cette calvacade sauvage de licornes chez une riche famille bien décidée à tirer profit de leurs propriétés extraordinairement bénéfiques à partir de leurs cadavres, on ne peut pas dire que ce premier film écrit et réalisé par Alex Scharfman sera forcément celui que l'on attendait pour faire de ces destriers féeriques les adversaires sanguinaires les plus marquants de ces dernières années.
À travers les différentes facettes des hautes sphères américaines représentées par les membres de sa famille odieuse et égoïste, "Death of a Unicorn" fait en effet tout ce que peut l'on peut entendre de lui en tant que satire grinçante d'un capitalisme oligarchique dépourvu de la moindre once de morale devant la découverte d'une possible nouvelle source de profit. Entre un patriarche malade (d'origine britannique, pour accentuer le côté de conquête colonialiste sur cette nouvelle espèce), une épouse complètement hypocrite sur ses convictions et un fils emporté par la cupidité, l'élément parasite que devient Ridley au milieu de cette faune bourgeoise par ses positions évidemment perçues comme naïves et utopiques va être l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de son père, chargée de le faire trancher entre le feu de ses rêves professionnels et celui de son amour sincère pour sa fille.
Que cela soit du côté de la comédie noire, où le retour de bâton des ambitions irrationnelles de la famille va bien sûr se traduire par une flopée de cadavres massacrés par les licornes, ou celui du chemin vers la réconciliation à l'aune d'un deuil encore non-cicatrisé entre Elliot et Ridley, "Death of a Unicorn" ne fera jamais mieux globalement que son pitch de départ en termes de réelle surprise, se contentant d'un déroulement bien trop sage pour atteindre ses objectifs convenus et finalement assez similaires à pas mal de longs-métrages récents où l'argument horreur/fantastique sert à d'autres desseins bien plus critiques sur la société américaine.
Mais est-ce là à dire que "Death of a Unicorn" n'est pas amusant à découvrir ? Non, loin de là, car il faut bien avouer qu'outre ses phases de carnages "licornesques" portés par ses quadrupèdes parfois particulièrement roublards et avides de membres humains (le film a quelques exécutions généreuses à proposer en la matière), le film arrive surtout à assurer l'essentiel de son spectacle par l'humour absurde de certaines situations et dialogues incarnés par sa distribution absolument parfaite d'interprètes.
C'est bien simple: aussi bien en termes de rôles attribués que de géniales prestations qui en découlent, le casting de "A Death of a Unicorn" fait partie de ceux sans qui un film ne serait sûrement pas le même. Le tandem Paul Rudd/Jenna Ortega en père gauche et ado rebelle face au trio de sang noble Richard E. Grant, la revenante Tea Leoni et, surtout, un phénoménal Will Poulter en fils à papa toujours plus désinhibé vis-à-vis de sa véritable nature (on n'oubliera pas de citer un excellent Anthony Carrigan en majordome au bord du burn-out), tous vont faire des merveilles pour porter ce que "Death of a Unicorn" a de meilleur à offrir dans ses moments les plus décalés mais aussi ceux cherchant à titiller notre fibre émotionnelle, comme cette très belle ultime scène à laquelle l'alchimie du duo Rudd/Ortega confère un supplément d'âme indéniable.
Fun mais malheureusement plus vain qu'espéré, "Death of a Unicorn" a donc plus de choses magiques à offrir du côté de son casting que de son récit.
Créée
le 15 juin 2025
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