Dehors - dedans
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Dehors - dedans

Documentaire de Alain Fleischer (1975)

Un film détonnant, expérimental, une pépite, illustrant parfaitement bien la liberté de ton du cinéma des années 70. Probablement le film le plus radical, le plus abouti, le plus créatif, le plus subversif de cette décennie, âge d’or du cinéma libéré et libertaire. Revu en 2025, c’est une vraie claque comparé au cinéma contemporain qui, sauf en de très rares exceptions, nous parait comme une soupe aux légumes bien fade.

Le film est très intelligemment construit, illustrant parfaitement son titre : le « Dehors », c’est la société, le monde extérieur, des lieux parisiens, que l’on retrouvera en plans fixes en 5 occasions : l’aurore, la matinée, l’après-midi, la soirée, la nuit. Plan fixes de symboles du pouvoir, de l’état, de la civilisation structurée : l’Elysées, le Sénat, l’ambassade américaine, l’ambassade russe, la Gendarmerie Nationale, le Panthéon . Ces interludes s’accompagnant de la lecture de passages de « la Révolution française » de Jules Michelet, de séquences concernant le défilé des guillotinés célèbres. « Dedans », c’est l’intérieur d’une chambre mansardée, où vit Catherine Jourdan, mais aussi le « Dedans » de sa personnalité.

Il faut bien sûr louer l’incroyable performance de Catherine Jourdan, égérie de Fleischer et de Robbe- Grillet, qui va au-delà d’un rôle d’actrice traditionnelle, se livrant entièrement, en toute liberté, sans pudeur, offrant son intimité physique et mentale, sa souffrance, sa douleur. On est proche d’une « performance » arty. Les séquences qui suivent les interludes du « Dehors » , sont très politiques, très rebelles. La 1ere session, une des plus fortes nous livre C.J. en femme presque animale, grognant, lovée dans son lit , dévoilée, offerte, gémissante, sexualité sauvage aussi, mélange d’onanisme et d’ondinisme. Il y aura ensuite des sessions anticléricales, très fortes, avec la lecture de la bible tout en se masturbant. Là aussi une contestation très radicale.

Autre chapitre avec des projections de grands du monde, des dirigeants et dictateurs, faites sur le corps dénudé de C.J. qui danse sur cette lumière. Toutes les scénettes sont très denses, on ne peut tout raconter. Incroyable scène de Georges Pompidou défilant sur les Champs Elysées en S.M. Maserati cabriolet, ouf.

Un film captivant, envoutant, avec une seule actrice, et des décors réduits. Un brûlot artistique, très surréaliste aussi.

Avec une scène finale époustouflante, claque complète, de C.J. enfin sorti vers le « Dehors » , en nocturne, pour retrouver le monde en décomposition devenu animal et elle y retrouvera la bestialité originelle qui sommeille en chacun de nous.

Une œuvre magistrale, unique, prouvant l’immense talent de Alain Fleischer. Film que l’on peut trouver sur certaines plateformes.


Ferdinand75
10
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le 26 nov. 2025

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