Le film est inspiré du roman de James Dickey qui a aussi signé le scénario. John Boorman s'était déjà signalé avec 2 films teintés d'une violence sèche et atypique dans le Point de non-retour en 1967 et Duel dans le Pacifique en 1968 (tous deux avec Lee Marvin, est-ce un hasard ? sans doute que non). Ici, il amplifie ce sentiment puisque la violence traduit un retour à la nature marqué par la sauvagerie. Il y a la sauvagerie des éléments et la force indestructible de la nature avec la violence des flots qui maintient le spectateur constamment en haleine. Mais à ce danger physique, s'ajoute le danger plus terrifiant encore venant des montagnards. On sait que dans ces régions reculées, il existe de vrais abrutis sans limite dans la connerie, sans doute par isolement et lassitude ; leur bestialité donne lieu à une scène d'agression marquante qui provoque un certain malaise ; cette scène a été censurée dans certains pays. Le film constitue donc une démythification de l'idéologie écolo des années 70 : la nature n'est pas entièrement bonne et idyllique, elle est cruelle et hostile ; les gens qui y vivent ne sont pas des pacifistes mais des gens frustes et des brutes, de même que les héros-citadins sont obligés de devenir eux-mêmes violents pour rester en vie. C'est donc une réflexion sur la nature humaine, autant sur la pulsion de vie que sur la propension naturelle à la violence.

Boorman proposa un rôle à Lee Marvin, mais celui-ci lui fit remarquer qu'il était trop âgé pour cette épreuve physique ; après plusieurs tentatives, Boorman engagea les 4 acteurs constituant les 4 amis : Jon Voight, Ned Beatty, Ronny Cox et Burt Reynolds pour qui le film fut une sorte de tremplin pour leurs carrières, surtout pour Reynolds qui incarne un modèle d'homme fort, dominant et sûr de lui. On retient la fameuse scène du Dueling Banjos, où Cox joue à la guitare avec un autochtone au banjo, mais le film reste saisissant aussi par sa réalisation technique : les prises de vue furent souvent problématiques, et le tournage en extérieurs sur la rivière Chattanooga (en Georgie dans les Appalaches) fut éprouvant, mais ce qui reste de ce film, c'est que des hommes paisibles sortent ébranlés d'une excursion au départ salutaire, qui a viré au cauchemar. Un film cru et un récit d'action intense.

Créée

le 30 juin 2016

Modifiée

le 20 févr. 2026

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