Y a un paquet de gens au ciel. Surtout des vieux
Denis, marmot débordant d’espièglerie, élit pour souffre-douleur son voisin, ancien postier misanthrope et atrabilaire. Lorsqu’une absence impérieuse contraint ses parents à lui confier l’enfant, s’ouvre pour le malheureux une journée proprement épouvantable.
Préambule d’une affection ancienne
Je confesse d’emblée mon parti pris : comment feindre l’impartialité quand l’objet jugé a vu, durant l’enfance, son disque lustré par des visionnages pléthoriques ? Denis la malice appartient à ces œuvres fondatrices qui s’incrustent dans la mémoire affective et y prospèrent avec une vigueur indéracinable. Cette inclination assumée n’ôte rien, toutefois, à la reconnaissance de ses mérites intrinsèques.
De l’espièglerie érigée en art du désordre
Chaque bêtise de Denis est une trouvaille, une invention pyrotechnique de l’innocence. Le marmot provoque des catastrophes à la chaîne sans jamais en mesurer la portée réelle, mû non par la malignité mais par une ingénuité ravageuse. De ce décalage naît un comique luxuriant, où la naïveté devient une force de subversion domestique, délicieusement ubuesque et toujours imprévisible.
Le voisin, rempart fissuré
Walter Matthau atteint ici une justesse admirable. En Monsieur Wilson, voisin irascible et ronchonneur, il compose une exaspération d’une précision horlogère, tout en laissant affleurer, par fissures successives, un fond de tendresse inavouée. Son jeu, d’une souplesse phénoménale, fait de ce grincheux un personnage pleinement humain, oscillant entre l’acrimonieux et l’attendrissement.
Ombres et périls enfantins
L’irruption du vagabond, figure malpropre et inquiétante incarnée par Christopher Lloyd, assombrit salutairement la comédie. Sale, effrayant, presque carnassier, il apporte une noirceur inattendue. Lorsque, à la fin, il enlève le miston, l’événement devient le prétexte d’un déferlement de tortures psychologiques — mais infligées par l’enfant lui-même, avec une crédulité redoutable et une inventivité confondante, retournant la menace contre son auteur.
Conclusion d’un enchantement durable
Sous ses dehors de farce familiale, le métrage déploie une mécanique comique d’une rare efficacité, où le rire naît du heurt entre l’ordre adulte et l’anarchie candide. Porté par des interprétations magistrales et une malice inépuisable, le film demeure, pour moi, une source d’allégresse persistante, un souvenir rieur que le temps n’a nullement émoussé.
Votre fils m’a fait avaler une aspirine au lance-pierres