Impossible de louper les symboles : ils sont surlignés.

Des années que je n'avais pas vu ce film et mon avis n'a pas changé.

Les acteurs sont excellents, en particulier le petit garçon, le sujet est intéressant et l'histoire est passionnante. Montrer au premier degré l'envers du décor d'une famille américaine idéale, ses problèmes d'argent, c'est très bien. Aborder la maladie mentale, ses conséquences sur la famille, les dangers de l'abus de médicaments, c'est très bien aussi. Au second degré, montrer une famille de la classe moyenne américaine idéale rongée par un mal qu'une maladie vient seulement révéler, pourquoi pas ? Ray semble nous dire que le mal a toujours été présent, et que les médicaments ne sont que des désinhibiteurs, comme l'alcool. Chaque père de famille américain, et donc l'Amérique, serait donc un tyran paranoïaque, mégalomane et religieux intégriste en puissance. On peut ne pas être d'accord avec cette généralisation, mais il a le droit de le penser et d'en faire le sujet d'un film.

Il a aussi le droit de traiter ce sujet en utilisant des symboles. J'aime bien les symboles, mais il ne faut pas en abuser et surtout, ne pas trop appuyer dessus. Il faut laisser le spectateur les repérer et les analyser tout seul, comme un grand. Le symbolisme est tellement lourd, grossier et pléthorique que j'ai l'impression en tant que spectatrice de subir l'interminable leçon de math subie par le petit garçon dans le film. Cette scène est d'ailleurs très représentative de cet abus de symboles. Ce long plan fixe qui cadre l'enfant assis, le père debout derrière lui et l'ombre géante et menaçante du père qui les surplombe résume le reproche que je fais au film. L'idée de l'ombre géante est génialement efficace, mais pourquoi prolonger ce plan à outrance, avec l'arrivée de la mère qui complète le tableau ? J'aurais préféré découvrir cet élément visuel moi-même, sans qu'on l'impose à mon regard avec cette insistance, de peur que je ne le rate. Ah ! Ce plan est aussi un clin d'oeil "subtil" au titre original du film, au cas où vous ne l'auriez pas capté.

Je ne vais pas faire l'inventaire de tous les symboles lourds qui balisent le film comme des gyrophares de chantier, comme les miroirs par exemple. Ce long plan du visage fragmenté de James Mason dans le miroir brisé, j'aime pas. Tous ces plans où Mason domine exagérément son fils ou sa femme, j'aime pas. L'escalier assimilé à la montagne gravie par Isaac, j'aime pas.

Fallait-il ajouter la musique surlignante de Raksin, aussi balourde que les symboles visuels de Ray ? Certainement pas.

On parle de la vraisemblance ? Parce que si on parle maladie, on s'attend quand même à un minimum de vraisemblance. La psychose du papa, induite par un excès de cortisone, grandit à une vitesse incroyable. Il n'attend pas longtemps avant de s'enfiler plusieurs comprimés au lieu d'un. Il obtient sans problème un renouvellement de ce dangereux médicament auprès de son médecin - tout de même un peu étonné que la bouteille soit déjà vide. Il lui suffit de dire qu'il a fait tomber la bouteille dans son lavabo et l'affaire est jouée ! Pas prudent, ce médecin.

Le comportement de la maman est étonnant, pas très protecteur vis à vis de son fils qui est la première cible du papa professeur. Le petit, après avoir raté le déjeuner, n'a toujours pas le droit de dîner tant qu'il n'a pas résolu son problème de math. Et la maman, les larmes aux yeux, lui met encore plus la pression en le priant de supporter les tortures psychologiques de son papa pour que tout finisse bien.

Il n'est jamais question de police. Mais il faut dire que tout évolue tellement vite que tout serait déjà plié avant qu'elle n'arrive.


C'est dommage, parce que les trois acteurs sont irréprochables. Je ne trouve pas que Mason surjoue. Il joue très bien son personnage tel qu'il est écrit. L'impression de surjeu est due au scénario trop symbolique et invraisemblable. De même pour Barbara Rush dont le personnage se contente de subir les crises de son mari en pleurant. Seul le petit garçon a un comportement vraisemblable et suscite beaucoup d'empathie. C'est le seul qui tente de se révolter et de se sortir de son horrible situation. Du coup, c'est le meilleur acteur des trois.


Mairrresse
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le 5 août 2025

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