« Mehdi et Hamid travaillent pour une agence de recouvrement à Casablanca. Les deux pieds nickelés arpentent des villages lointains du grand sud marocain pour soutirer de l'argent à des familles surendettées... »
Tel est le synopsis du film Déserts présenté à Cannes dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs lors du dernier festival. Une vision du film assurément réductrice tant le scénario est riche même si ce n’est pas véritablement en rebondissements.
Soit donc une première partie du film, magnifiquement laide. D’une part, les plans des paysages marocains du Haut-Atlas sont somptueux, les cadrages très réussis, les images insolites. Apparaît alors un Maroc délaissé dans lequel parfois on ne parle pas même arabe, dans lequel on survit au jour le jour, sans le sou mais en ayant la possibilité de s’endetter sans pouvoir pour autant rembourser ses dettes. Mehdi et Hamid, sans représenter la modernité, en font partie intégrante, la subissent eux-aussi, et en sont les vecteurs dans ce sud marocain qui aurait pu rester prisonnier pour le meilleur, on l’apprendra plus tard, de la tradition. Cette modernité est d’autre part la face laide du film, du moins de sa première partie, face qui prend le visage d’un néo-libéralisme qui broie tout sur son passage, jusqu’à nos deux protagonistes principaux. Multitude de scènes de recouvrement de dettes impayées, qui vont du cocasse au plus grave, nous faisant craindre une surenchère dans le comique, voire dans le sordide, laquelle n’aura pourtant pas lieu. Cette première partie n’épargne pas davantage nos deux héros aux prises avec leurs problèmes existentiels, l’un désargenté, avec son mariage en vue, l’autre, aussi désargenté que le premier avec la garde de sa fille, dans Casablanca filmé sans fard, mais en opposition avec ces campagnes toujours plus concernées par cette modernité qui les condamne sans pour autant leur offrir la moindre perspective, la moindre alternative. Un rythme très lent, marqué par les mésaventures de nos deux agents de recouvrement, dont les tribulations vont croiser la route d’un dangereux criminel en cavale avortée, du moins présenté comme tel, qu’ils décident de remettre aux autorités policières contre la somme de 3000 Dirhams.
Le film bascule alors. Les deux protagonistes passent sous le contrôle du bandit qui devient le héros de cette seconde partie qui se déroule exclusivement dans les campagnes montagneuses dont il est un des maîtres. Le temps y est suspendu, les plans fixes, on s’y déplace à cheval, plus en voiture, pourtant un des personnages principaux de la première partie du film, la tradition y est reine. Certes, à un moment, passe un groupe de migrants potentiels, mais cette scène aurait pu être de notre point de vue évitée, elle rappelle l’actualité du Maroc en tant que terre de départ et de transit sans véritablement ajouter à l’intrigue qui bascule dans l’onirique. Cette seconde partie est organisée par un conte marocain dont le contenu ne sera dévoilé qu’à la fin du film, conte qui permettra au bandit au grand cœur de revenir d’entre les morts pour donner l’impression du sauvetage des deux agents de recouvrement coincés dans ces paysages au temps immobile.
Un film donc exigeant dans sa réalisation, un film original et courageux, un film magnifique d’un point de vue formel, un film consacré à un Maroc éternel aux prises avec cette modernité laide dont les aspects économiques et sociaux sont condamnés. On ne saura cependant pas si ce film est nostalgique, ou au contraire se veut porteur d’espoir. Finalement, le plus important ?