Désir(s) prouve qu'il n'est pas nécessaire de disposer d'un gros budget pour prétendre réussir un bon film.
Rohmer l'a démontré, mais dans un style diamétralement opposé: ici le silence, porteur de sens, induisant la réflexion du spectateur, là l'effusion de paroles qui dit tout; ici la grave tragédie qui emporte tout sur son passage, là les légers quoique douloureux tracas du cœur qu'on oublie aussitôt; ici un destin écrit comme la fatalité inexorable, là une ligne narrative assez floue, laissant les personnages libres de leurs agissements.
En effet, Valeska Grisebach s'inscrit dans la tragédie, intime, personnelle, insidieusement ravageuse – et elle ne le cache pas, comme l'atteste la référence, dès le début du film, à Roméo et Juliette et à son romantisme. Cependant, bien que cette référence soit révélatrice, rien vraiment ne laisse croire à ce qu'il adviendra des personnages, de ce couple dont l'union semble inébranlable. C'est là l'un des mérites de la cinéaste, qui parvient à surprendre le spectateur, à le faire douter et réfléchir sur ses certitudes.
Néanmoins, la patte du démiurge apparaît trop évidente lorsque le récit s'approche de son dénouement, bien qu'elle s'affaire à la dissimuler. Le recours au tragique nous semble exagéré, invraisemblable, peu crédible : les scènes du balcon avec l'amante et celle du garage avec le lapin et le fusil le démontrent.
Dommage car sans ce grand écart dramatique, le film aurait pu prétendre à d'honnêtes louanges.