45 000 ans avant notre ère, une famille de Néandertaliens tente d'assurer sa survie dans un environnement précaire. En 2025, une brillante étudiante en anthropologie en pleine tourmente sentimentale doit affronter l'annonce de la maladie de sa mère. En 2417, une astronaute à l'espérance de vie accrue effectue un voyage de plusieurs siècles dans le vide spatial afin d'assurer la survie de notre espèce sur une nouvelle planète.
"Remember, remember, this is now, and now, and now". Au-delà de traduire l'importance que nos insignifiantes existences peuvent parfois revêtir à l'échelle de l'ADN de l'humanité tout entière au fil du temps, la citation de Sylvia Plath sur laquelle s'ouvre "In the Blink of an Eye" paraît malheureusement aussi s'appliquer à la sortie de ce nouveau film d'Andrew Stanton dans l'anonymat le plus confondant sur Disney+.
Car, après le maudit "John Carter" de 2012, le réalisateur de certains des meilleurs films Pixar ("Wall-E", "Le Monde de Nemo") loupe encore l'occasion de s'imposer en live action avec ce pamphlet humaniste pour des raisons qui le dépassent sans doute une fois de plus. Tournage repoussé à cause de la période Covid puis ensuite effectué dans la précipitation avant de rester trois ans à prendre la poussière sur une étagère d'un studio lui-même en plein chaos, autant dire que cette arrivée sur Disney+ pour ce qui était pourtant un des scénarios les plus convoités par Hollywood il y a une dizaine d'années est même devenue une porte de sortie inespérée.
Le constat devant le résultat est en effet implacable: il y a évidemment une toute autre ambition qui se fait ressentir derrière ce "In the Blink of an Eye", un grand film qui voudrait nous émouvoir en nous rappelant que les plus importantes connexions humaines, de celles qui vont s'inscrire et faire avancer un plan bien plus vaste, sont celles qui se fondent avant tout sur nos émotions les plus élémentaires et fragiles comme l'amour, la perte, la transmission, etc. À l'instar d'un "Cloud Atlas" dépouillé de la folie des Wachowski, une fable SF qui voudrait relier passé, présent et futur à travers différents récits pour en faire une exaltation universelle et continue de nos existences/expériences de fourmis humaines sur ce grand sentier qu'est l'Évolution...
Mais, hélas, réduit aujourd'hui à 1h34, au sein d'un montage que l'on sent particulièrement aléatoire, "In the Blink of an Eye" n'en est plus qu'une esquisse rudimentaire, un squelette de film simplifiant toute l'amplitude de son propos et qui ne rend probablement jamais justice aux intentions de départ de ses auteurs.
On ne peut nier qu'il se regarde sans déplaisir car, toujours traversé des restes de celles-ci, certains moments plus denses et touchants nous font ressentir ce qu'il aurait pu être, bien aidé par un excellent casting (Rachida Jones et Kate McKinnon en tête) mais, en l'état, ce qui aurait dû être la traduction du regard bouleversant d'Andrew Stanton sur tout ce qui fait notre humanité se résume à un fugace clin d'oeil bientôt oublié dans les abysses du catalogue de Disney+. Quel dommage...