L’uppercut du 69e Festival de Locarno, au propre comme au figuré, est venu du réalisateur japonais Tetsuya Mariko. Destruction Babies évoque, dans la petite ville portuaire de Matsuyama, la folle échappée d’un jeune adulte amateur obsessionnel de bagarre. Dans un contexte d’empoignades quotidiennes entre gangs, et alors qu’il s’ennuie ferme dans un quotidien morose, Tara sillonne les rues à la recherche de passants à castagner pour le fun, quitte à subir quelques passages à tabac mémorables quand il tombe sur plus costaud ou plus nombreux que lui.


Le film saisit par la violence gratuite – et explicite – de ce personnage effrayant parce qu’incontrôlable, sorte de monstruosité sociale. Mais le malaise vient moins des agissements absurdes d’un individu que de l’apparente démission des autorités, toujours en retard et incapables d’interrompre la violence contagieuse de Tara.


À quoi s’ajoute le succès immédiat des images que Yuya, complice rencontré en route, met en ligne au fur et à mesure qu’il les filme en riant comme un gamin hystérique. Il suffit donc de tabasser une douzaine de passants dans un centre commercial pour devenir une star du web, et ainsi donner un embryon de sens à son existence. The medium is the message, comme disait l’autre…


La violence contre l’espace public


Pourtant, chaque année, une fête traditionnelle permet aux habitants de Matsuyama de laisser libre cours à leurs pulsions, canalisant ainsi la violence dans un exutoire ritualisé. Les irruptions de brutalité de Tara, imprévisibles, constituent dès lors un effrayant revers de cette tentative de contrôle des pulsions individuelles par le collectif.


Surgissements de violence dans des lieux pacifiés, les agressions commises par Tara et Yuya portent en elles quelque chose d’un retour à l’état de nature. Elles opèrent une remise en cause profonde et dérangeante de l’ordre social, parce qu’elles contestent un fondement de la civilisation : l’existence d’un espace public, c’est-à-dire d’un ensemble de lieux où chacun peut circuler sans risques pour son intégrité.


En somme, un film fort et dérangeant.

LMDLO
7
Écrit par

Créée

le 13 août 2016

Critique lue 1.2K fois

LMDLO

Écrit par

Critique lue 1.2K fois

4
1

D'autres avis sur Destruction Babies

Destruction Babies

Destruction Babies

5

abel79

le 6 août 2022

Suivre

Violence et Japon

Le cinéma asiatique en général est souvent violent et sanglant. La sortie de "Destruction babies" (2018) ne déroge pas à la règle, quoique dans une certaine "retenue" (pas de gros plans...

Destruction Babies

Destruction Babies

8

saibe

le 19 août 2023

Suivre

Furieux

Petite pépite complètement déjantée proche d'un Gus Van Sant version "pains dans ta tronche". L'errance d'un personnage immoral et assoiffé de baston qui se frotte à tout être humain qui croise sa...

Destruction Babies

Destruction Babies

3

errorp

le 27 déc. 2025

Suivre
Dernière modification

le 27 déc. 2025

un réalisateur obsessionnel ?

(Selon ma précédente critique) voilà ENCORE de l'hyper violence, généreusement exhibée... &Pour quelle histoire ??Le "pire" :c''estbien filmé! GÂCHISPour amateur de défilé de mâchoire...

Du même critique

Fantastic Birthday

Fantastic Birthday

8

LMDLO

le 31 juil. 2016

Suivre

Sortir du backyard

Greta vient de déménager et s'apprête à fêter ses quinze ans. Cernée par les belles idiotes de son nouveau collège, un père pas méchant mais lourdingue, une mère maltraitant son vélo d'appartement,...

L'Aventure de Mme Muir

L'Aventure de Mme Muir

9

LMDLO

le 7 avr. 2017

Suivre

Le fantôme du féminisme

Au tournant du 20e siècle, une jeune veuve, Lucy, décide de fuir Londres et surtout ses pénibles belle-mère et belle-sœur. Elle tombe littéralement amoureuse d'un cottage en bord de mer, dont le...

Destruction Babies

Destruction Babies

7

LMDLO

le 13 août 2016

Suivre

Orange mécanique à la japonaise

L’uppercut du 69e Festival de Locarno, au propre comme au figuré, est venu du réalisateur japonais Tetsuya Mariko. Destruction Babies évoque, dans la petite ville portuaire de Matsuyama, la folle...