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Dans le grand écart émotionnel que propose la compétition cannoise – capable d’émouvoir avec La Petite dernière autant que de désappointer avec Alpha – Die, My Love se situe dans le fond du panier...
Pour élever leur enfant à venir loin du tumulte urbain, Grace et Jackson décident d'emménager dans une maison isolée au cœur du Montana. Là-bas, après la venue de leur bébé au monde et avec un Jackson moins présent à ses côtés, Grace sombre dans une dépression post-partum qui la fait perdre pied avec la réalité.
Exercice de style d'une formaliste qui s'est donnée pour but de nous faire ressentir les fissures d'un esprit brisé par son sens de la mise en scène, "Die My Love" est presque la caricature du cinéma auquel nous a habitué Lynne Ramsay, courant même là le risque de se mettre à dos une large part du public par la radicalité encore plus signifiante de son approche.
Pourtant, la justesse autour de ce sujet ô combien difficile se fait toujours sentir avec sa manière de le traiter comme une spirale dépressive insoluble, chaotique par sa narration éclatée et fruit d'une telle accumulation d'éléments d'une solitude au quotidien qu'elle en devient de facto impossible à juguler pour un esprit fragile mué par la passion. Certes, Ramsay n'échappe pas au symbolisme appuyé qui va parfois de pair avec sa vision (le cheval épris de liberté, le voisin motard, etc) mais son formalisme jusqu'au-boutiste parvient à toucher à de réels moments de grâce pour traduire l'amplitude du gouffre de démence devant lequel se trouve un peu plus à chaque instant son héroïne.
Les séquences de nuit (filmées en plein jour puis retravaillées à l'aune de lumières nocturnes artificielles) y donnent ainsi par exemple un rendu complètement hors du temps, presque de l'ordre du féerique, où les divagations irrationnelles de l'esprit deviennent les déambulations du corps qui ne savent plus comment les contenir à l'écran. Des instants magnifiques émergent des traits d'union émis par la belle-mère (Sissy Spacek, toujours incroyable), elle-même perdue dans les récifs d'un deuil insurmontable, pour tenter de retrouver la lumière de Grace qu'elle décèle toujours derrière les vagues de tristesse en train de les noyer mutuellement. Et, malgré tous ses faux-pas en amont, les tentatives de Jackson pour essayer in fine de réparer maladroitement les choses, de comprendre et retrouver sa femme, deviennent là aussi un précipice de désespoir grandissant dans la deuxième partie du film, une détresse également laissée sans solution devant un être aimé à qui il n'a sûrement pas tendu la main assez tôt.
La façon de corréler sa captation du mal-être par sa maîtrise de l'image à quelque chose d'aussi abstrait que le mal post-partum donne clairement du sens à ce qu'a voulu nous livrer Lynne Ramsay avec ce "Die My Love". Et, si le film peut tour à tour décontenancer ou subjuguer par le point de vue d'une cinéaste ayant fait de ses obsessions artistiques la principale force de sa vision sur cette thématique, il trouve en Jennifer Lawrence le parfait visage pour en incarner toute la douleur et, au-delà de la beauté triste de l'ensemble, les traces de la véritable émotion qui nous conduit vers son point de non-retour inéluctable.
Créée
le 3 mai 2026
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