Dil Se
6.9
Dil Se

Film de Mani Ratnam (1998)

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Eros et Thanatos sur un train fou

Ne vous y trompez, pas ce film ne porte pas sur le terrorisme. Encore heureux vu la faiblesse de la vision du réalisateur, la violence engendre la violence qui engendre la violence dans une grande ronde où tout le monde se tient par la main présentant une grenade. De louables nuances se font tout de même ressentir entre les débonnaires "révolutionnaires" et les sombres activistes qui travaillent à l'embrigadement, entre les militaires aux nombreuses exactions et la police qui tente d'éviter un drame.


Rien de neuf, l'intelligence du film est de ne pas approfondir cette vision et finalement n'en faire qu'un arrière plan. Quand la violence débute face à la caméra celle ci se détourne vers un personnage et laisse la barbarie éclater à l'arrière. Les explosions terroristes ou les assassinats par les militaires se déroulent hors champ, un passage à tabac ou un viol au second plan sous le regard d'une innocente.


Là est la beauté du film, se concentrer sur l'humain dans ce contexte désastreux et comment y envisager de continuer la vie. Voir à ce propos la deuxième chanson où Shahrukh Khan/Amar tente de créer des liens avec Manisha Koirala/Meghna tandis qu'ils sont enfermé dans une sorte de charnier recouvert par des feuilles mortes tombant comme de la cendre.


Le vivant, c'est bien de cela qu'il s'agit. La volonté d'Amar inébranlable et pétrie d'un amour humaniste inaltérable s'étend sur tout le le film, se donnant de tout coeur à ce regard trouble. Ce sont ces échanges de regards qui n'ont pas vraiment lieux qui m'ont happé dans cette romance fantasmatique, où la détermination et la résignation sont personnifiées.
Amar dévore de ses yeux espiègles ou mélancoliques la mystérieuse Meghna, merveilleuse Manisha Koirala, et tente de faire croiser son regard fuyant au sien et la vie qu'il représente. L'appel au retour à l'innocence et l'amour sensuel n'a de cesse de s'exprimer dans les chansons fantasmées entre les deux. L'image va jusqu'à brûler de passion dans Satrangi Re.
Amar veut lui faire prendre conscience qu'elle désire porter des enfants et non pas des bâtons de dynamite, une forme de norme sociale qu'elle s'empressera d'éluder dans l'excès. Tout n'est pas si simple et si Amar arrive à troubler le regard, à la fois fuyant, hésitant, craintif, désespéré, furieux... (MAGNIFIQUE je le répète !) de Meghna, l'inverse se produit aussi et l'attire dans une obsession mortifère.
Ce qui n'altère pas l'humanisme d'Amar, c'est pour cela qu'il réécrit l'histoire par des doublons narratifs qu'il enregistre à la radio et se concentrant sur la vie qu'il a vécue dans ses excursions ou des déclarations d'amour. Dans ces parties Dil Se semble vouloir se rêver film informatif en parallèle au journalisme narratif de son personnage avec sa romance sur fond politique et admettant que les actions humaines ne peuvent être regardées d'un seul point de vue.


La dualité s'atténue malheureusement quand le second plan violent prend la première place dans une dernière partie policière bien en deçà des troubles humains et brûlants précédents.


D'autres musiques : https://youtu.be/9yT4F8hzykY
https://youtu.be/gga4bIVcA-A

Homdepaille
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le 31 août 2015

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