Sorti en 1970 et réalisé par François Truffaut, Domicile conjugal est le quatrième et avant dernier volet des itinérassions d'Antoine Doinel. On retrouve donc Antoine et Christine deux ans après Baisers Volés (1968) et ils se sont mariés. Devenus jeunes adultes, Antoine et Christine s'installent ensemble dans leur propre appartement. Pour Antoine, il est temps d'enterrer sa vie de garçon et de devenir un homme en prenant soin de Christine. Antoine et Christine est un couple attendrissant, car en réalité seul Christine est une adulte et une jeune femme sage. On a l'impression qu'Antoine est resté un enfant. Christine s'adresse d'ailleurs à lui, comme si c'était un enfant, ce qu'il est resté en réalité.
A la fin de Baisers Volés, on a avait laissé Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) et Christine Darbon (Claude Jade) seuls sur un banc, comme une promesse de mariage. Deux ans après, on retrouve Antoine et Christine et ils sont désormais mari et femme. Ils vivent dans appartement, somme toute modeste, mais qui a pour avantage de donner sur une cour parisienne. Christine donne des cours de violon, tandis qu'Antoine est fleuriste dans la cour de l'immeuble et s'amuse à chercher le rouge "absolu". Cette cour, c'est un personnage à lui tout seul. On y trouve le patron de bistrot caractériel (Jacques Jouanneau), le client un peu trop bavard et curieux (Pierre Maguelon), la serveuse (Danièle Girard) qui courtise ouvertement Antoine, le voisin ténor (Daniel Boulanger) toujours pressés et sa femme (Silvana Blasi) qui le suit, le vieil homme un peu amère (Jacques Rispal) qui ne sort jamais de chez lui et celui qu'on surnomme hâtivement l'étrangleur (Claude Vega).
Bien que devenu père du petit Alphonse, Antoine ne change pas et reste un éternel enfant capricieux et ne tenant pas en place. Que ce soit sur un plan professionnel ou bien affectif, sa vie est toujours marquée par l'instabilité et le changement. Même marié et avec un enfant, Antoine est toujours autant désireux de garder son indépendance et sa liberté. Et surtout, il continue d'exercer des petits boulots les plus farfelus. De fleuriste qui peint les fleurs en rouge, il devient chargé de faire circuler des navires miniatures sur un réseau hydraulique d'une importante entreprise américaine. C'est d'ailleurs là qu'il rencontre la jolie Kyoko (Hiroko Berghauer), une japonaise dont il va tomber amoureux.
Antoine Doinel, ça a toujours été l'histoire projeté de François Truffaut et de Jean-Pierre Léaud. C'est un personnage désinvolte, plein d'excentricités et parfois même antipathique. Il se montre minable quand il trompe sa femme, mais Antoine (et Jean-Pierre Léaud) a tellement de charme qu'on est prêt à tout lui pardonner, même son infidélité. Le personnage reste fidèle à lui-même, dans la parfaite lignée des précédents volets. Et si le récit s'aventure parfois dans des chemins dangereux pour Antoine, le ton du film reste toujours très léger. Le film est très drôle, grâce à toute une galerie de personnages tous plus loufoques les uns des autres.
Et comme toujours avec François Truffaut, la mise en scène est pleine d'inventivité et les dialogues sont particulièrement savoureux. Il peux aussi compter sur Jean Pierre Léaud et Claude Jade qui forment un couple toujours aussi touchant. Jean Pierre Léaud a une posture, une gestuelle, une dialectique et une intonation de la voix si particulière, qu'il est indissociable de son rôle d'Antoine. Quand à Claude Jade, sa beauté, son élégance et sa présence apaisante, représente le parfait complément d'Antoine. Tous deux s'équilibrent et se complètent.
Bref, si Domicile conjugal est légèrement en deçà de Baisers Volés, ça reste un petit délice de comédie romantique, surprenant et piquant, comme un bonbon acidulé.