C'est une adaptation de "Malveillance" (2011) de Jaume Balagueró. Comme j'ai détesté ce film et que j'aime le cinéma coréen, j'ai abordé "Door Lock" avec beaucoup d'espoir et sans aucune crainte d'être déçue - je ne voyais pas comment on pouvait faire pire. Et ce film s'est révélé au-delà de mes espérances.
D'abord, c'est une adaptation, pas un remake. Le personnage du psychopathe est très différent - physiquement surtout - de celui de "Malveillance". Mais la plus grosse différence, c'est que Lee Kwon mise plus sur la peur (le noir, la claustrophobie) et le suspense (on soupçonne plusieurs hommes avant de savoir qui persécute l'héroïne), tandis que Balagueró nous montrait d'emblée le coupable et misait plus sur le malaise devant son comportement déviant.
Autre grosse différence : Lee Kwon a centré son film sur l'héroïne, son univers, sa psychologie fragile. Le danger semble rôder autour d'elle et il a de multiples visages avant que le coupable soit clairement identifié. Balagueró a centré son film sur le psychopathe et c'est ce qui m'a déplu. Je précise que le psychopathe de "Door Lock" n'a rien à envier en terme de folie à celui de "Malveillance". C'est juste que je préfère ne pas être dans son cerveau pourri pendant 1h30 - 20 minutes me suffisent.
"Malveillance" est plus le portrait d'un psychopathe, de son esprit tordu (il jouit du mal qu'il commet). "Door Lock" est plus le portrait d'une femme seule à Séoul, de sa paranoïa. Le psychopathe est terrifiant, mais plus par son détachement et son absence de jouissance.
J'ai aimé que Lee Kwon s'attache à montrer le quotidien stressant de l'héroïne célibataire, que ce soit dans ses relations avec les hommes ou sa situation financière et professionnelle. On a l'impression que la dame est entourée d'hommes plus ou moins louches, maladroits ou agressifs (son collègue, un client, les policiers) - même s'ils ne sont pas aussi givrés que le persécuteur. D'où ce fameux "verrou", élément clé de l'histoire et unique (fragile) rempart face au danger extérieur. L'héroïne en est réduite à utiliser des trucs pour faire croire qu'elle ne vit pas seule : elle a pris l'habitude d'exposer en permanence dans son petit studio des sous-vêtements masculins sur son étendoir à linge et une paire de chaussures d'homme près de l'entrée. C'est très touchant et tellement dérisoire.
C'est la grande force du film : la qualité et la profondeur de ses personnages. L'héroïne est très attachante et réaliste, elle suscite une immédiate empathie. Les protagonistes masculins sont très différents et ont une vraie épaisseur - plus ou moins menaçantee.
"Door Lock" s'apprécie encore plus si on ne connaît pas l'original (car le coupable reste le même personnage), ou si comme moi, on l'a détesté. Mais même si vous avez déjà vu le Balagueró, ce n'est pas très gênant, car Lee Kwon soigne ses personnages et les rebondissements de l'enquête fonctionnent très bien quand même.