Un an après le très plat « Lettres d’amour », Claude Autant-Lara dirige à nouveau Odette Joyeux dans « Douce ». Mais cette fois il s’agit d’une critique sociétale au vitriol, contenue au sein d’une histoire d’amour tragique, finissant plus ou moins mal pour tout le monde. Le trio féminin est épatant, avec une mention particulière pour Madeleine Robinson dont le jeu d’une sobriété impressionnante, permet d’exprimer toutes les nuances d’un désarroi dont elle ne parvient pas à maîtriser le désordre. Malheureusement, la remarquable photographie (éclairages au gaz et à la bougie) est quelque peu gâchée dans la deuxième partie du film par des mouvements de caméra peu pertinents et un montage relâché. Heureusement l’intensité du dernier quart d’heure rehausse à nouveau l’ensemble. A sa sortie, les deux scènes concernant la pauvreté et l’abominable discours de la Comtesse de Bonafé (Marguerite Moreno) furent interdit pars la censure de Vichy, car peu conforme au message de solidarité national voulu par le Maréchal Pétain. Visiblement, la mesquinerie de l’ensemble échappa à leur compréhension et donc à leurs ciseaux, malgré l’absence totale de nuances dans le scénario et les dialogues percutants de Pierre Bost et Jean Aurenche. « Douce », même s’il a quelque peu vieilli, mérite d’être redécouvert, car dans l’exercice de démolition misanthropique, Autant-Lara n’était pas si loin de Duvivier dans les intentions, même si la maîtrise de son illustre aîné lui fait parfois défaut.

Ronny1
6
Écrit par

Créée

le 18 mars 2021

Critique lue 107 fois

Ronny1

Écrit par

Critique lue 107 fois

1

D'autres avis sur Douce

Douce

Douce

7

Torpenn

le 20 déc. 2014

Suivre

Joyeux Noël

1943, la France se fredonne Douce avec un petit concentré de ce qui se faisait de mieux comme cinéma sous l’occupation : Claude Autant-Lara filmant Odette Joyeux déclamant du Aurenche et Bost et...

Douce

Douce

8

Gerard-Rocher

le 5 sept. 2016

Suivre

Critique de Douce par Gérard Rocher La Fête de l'Art

La comtesse de Bonafé n'est pas femme commode. En 1887, dans son hôtel particulier parisien, elle règne d'une main de fer agrémentée d'une langue de vipère sur sa famille et son personnel, tous...

Douce

Douce

8

JeanG55

le 21 mars 2022

Suivre

Douce amère

Deux films de Claude Autant-Lara se succèdent en 1942 et 1943 mettant en scène Odette Joyeux dans le rôle d'une jeune fille de souche aristocratique qui s'ouvre à l'amour mais à un amour...

Du même critique

Du sang dans la prairie

Du sang dans la prairie

5

Ronny1

le 4 juin 2021

Suivre

Le bouille à Bess

« Hell Bent » (curieusement traduit par « Du sang dans la prairie ») est le neuvième long métrage de John Ford. La copie qui circule actuellement est une version hongroise avec des intertitres en...

Cela s'appelle l'aurore

Cela s'appelle l'aurore

7

Ronny1

le 4 mai 2021

Suivre

Elle s'appelle Lucia

A la première vision « Cela s’appelle l’aurore » surprend les fans de Luis Buñuel par son académisme. Les ruelles de la ville (Bastia ?) une utilisation très contrastée du noir et blanc et une...

Des filles pour l'armée

Des filles pour l'armée

10

Ronny1

le 23 nov. 2023

Suivre

Marie Laforêt et Anna Karina au sommet

L’adaptation de « Le soldatesse » (Des filles pour l’armée) de Gilo Pontecorvo et Franco Solinas fut refusée par le producteur Moris Ergas qui demanda à Zurlini de reprendre et de corriger un nouveau...