Film inachevé, cette version de Dracula animée à l'encre de chine fut montée à partir de rushs réalisés en 1963 et se vit éditée pour la première fois en 2018 sous format DVD, galette accompagnant le 3ème volume de l'intégrale de Midi-Minuit Fantastique.
Artistiquement épaulé par les jeunes Philippe Druillet et Boris Bergman, qui font ici leurs premiers pas dans le domaine du 7e Art, l'artiste-peintre Jean Boullet homo-érotise ouvertement l’œuvre de Bram Stoker pour une vision aussi originale que personnelle. Le résultat reste bouleversant de poésie dans la veine du merveilleux propre à Jean Cocteau que Boullet côtoyait et admirait. Foncièrement libertaire, anticlérical, ennemi des ordres établis et plongé dans une quête effrénée du bizarre et de l’interdit, Jean Boullet était également passionné par bien d'autres thèmes : la sexologie, l’illusionnisme, la magie, la démonologie ou encore la mythologie populaire qui imprègnent incontestablement l'atmosphère de ce singulier Dracula.
Fidèle au roman, les neuf minutes du métrage relatent l'arrivée du notaire Jonathan Harker au château du célèbre comte qui le vampirise et l'emprisonne avant son départ pour l'Europe. Illustrée par de sublimes images, elles-mêmes magnifiées par les décors de Druillet, l’œuvre reste ostensiblement une ode à l'homosexualité où Boullet s'identifie par ailleurs au personnage de Harker soumis à la vigueur (sexuelle) du vampire.
Décédé à l'âge de 48 ans dans d'étranges circonstances (un rapport de police décrète un suicide par pendaison tandis que certains proches de l'artiste révèlent un assassinat à l'arme blanche), Jean Boullet reste une figure mythique du milieu fantasticophile parisien des années 1960. Et grâce à l'impulsion et le travail acharné de Michael Caen et Nicolas Stanzick son poétique Dracula est enfin visible.