En 1966, pour son nouveau film de vampires, la Hammer souhaite faire revenir le comte Dracula sur le devant de la scène. Problème : il a été tué sous les yeux des spectateurs dans le tout premier film, Le Cauchemar de Dracula (1958). Qu’à cela ne tienne, le célèbre studio anglais insiste pour qu'on trouve une raison quelconque pour le ressusciter.
Ce point de départ, très mercantile — il faut bien l’avouer —, deviendra pourtant la grande réussite de Dracula, Prince des Ténèbres. Son réalisateur, Terence Fisher, comprend parfaitement que les spectateurs viennent avant tout pour découvrir comment Dracula renaîtra de ses cendres (au sens littéral). Il installe donc un suspense autour de cette résurrection : comment se produira-t-elle ? sera-ce un succès ou un échec ? Ce mystère dure presque une heure.
Pour entretenir cette tension, Fisher suit un groupe de touristes égarés en Transylvanie, qui finit par découvrir le château du comte. Classique jusque-là, mais c’est ici que le talent du réalisateur éclate pleinement. Comme on ignore la manière dont Dracula va réapparaître, chaque plan devient porteur de menace. La présence invisible du comte plane sur chaque scène, et le moindre bruit semble annoncer son retour.
La catharsis survient au milieu du film, dans une scène étonnamment gore pour l’époque. Par la suite, l’intrigue perd un peu de son intensité, la Hammer recyclant alors des éléments du roman de Bram Stoker non utilisés dans le premier film — notamment tout ce qui concerne le personnage de Renfield à l’asile. Rien ne se perd, chez la Hammer.
De nombreuses rumeurs ont circulé quant aux raisons pour lesquelles ce nouveau Dracula restait muet. Christopher Lee lui-même affirmait que c’était parce que les dialogues du scénario étaient médiocres. Pour ma part, j’y vois plutôt un choix artistique de Fisher : il veut montrer que Dracula n’est ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant — une anomalie, une créature dénaturée, presque spectrale, qui semble elle-même perdue.