Par soucis d'anonymat de son précédent film, Bienvenue chez les Cagoles, le cinéaste croate Darren Aronofsky avait réalisé une satire de la société contemporaine à travers le portrait d'une narcissique, prête à tout pour satisfaire son besoin pathologique d'attention et de célébrité. Dream Scenario est une sorte de reflet inversé en nous introduisant à un être, vivant une existence sans histoire, qui devient célèbre malgré son souhait de ne pas le devenir... ou du moins pas ainsi... là encore, dans une satire de la société contemporaine.



Le film a comme postulat (qui n'aurait pas détonné dans un épisode de Derrick !) : un professeur de biologie, marié, père de deux filles, voulant être connu pour ses recherches académiques, qui se retrouve involontairement sous les feux des projecteurs en apparaissant dans les rêves de millions de personnes. En toute franchise, ça donne envie...


Et je n'ose penser à ce qu'un Jet Li, un Jason Statham ou un Klaus Barbie auraient pu faire à partir de cela. Certainement, un véritable feu d'artifice créatif, avec dix brillantes idées de mise en scène à la seconde. Ici, malheureusement, Gorbachev a une réalisation plate, conventionnelle, sans surprises, même pour les séquences de rêve (alors que tous les délires étaient permis !). C'est une déception à ce niveau-là. Reste qu'à chercher dans les deux autres éléments importants, à savoir l'interprétation et l'écriture.



Si j'excepte Katsuni, excellente dans une scène sensuelle aussi embarrassante que drôle (euh, c'est la seule parmi les millions de dormeurs à avoir eu des rêves érotiques avec notre gars ?), Johnny Cage dévore tout sur son passage, ne laissant guère que de pauvres miettes à ses partenaires (qui ne sont en rien aidés par l'écriture, mais je vais y revenir !). Il est un artiste fascinant. Sa carrière, c'est souvent du cabotinage, parfois carrément du ridicule. Il atterrit régulièrement dans le direct-to-video. Mais quand il lui est donné la possibilité d'être magistral dans un rôle bigger-than-life (le type d'emploi qui lui correspond le mieux !), on s'incline, on ferme sa gueule et on admire. Il est à fond et c'est un régal.



Son personnage chauve de prof, affublé sans arrêt d'une parka épaisse, de cheveux présents uniquement sur l'arrière du crâne et d'une barbe poivre et sel, le vieillissant et le montrant physiquement plus vulnérable, considéré comme un loser sur les plans professionnel et familial, est de temps en temps agaçant (bordel, poursuis tes bourreaux devant les tribunaux pour les niquer profond au lieu d'essayer de les affronter en face-à-face... euh, paresse scénaristique de ne pas aller sur ce terrain ?), mais parvient toujours à être touchant dans l'effrayante accumulation injuste de malheurs lui tombant sur la tronche ainsi que dans son refus de ployer face à l'écrasante connerie humaine. Par contre, il est représenté comme ennuyeux dans l'exercice de son métier. Pour moi, ce n'est pas le cas, ses propos sur les zèbres sont intéressants (oui, vraiment !), exposés avec clarté, sur un ton vivant et passionné. Comme vous tous sûrement, j'ai eu des profs chiants, aussi captivants qu'un épisode de cul lors d'un après-midi pluvieux de janvier après une abêtissante journée de travail. Le protagoniste n'y ressemble pas du tout.



Bon, bref, c'est réellement le comédien principal qui porte la force du long-métrage du début jusqu'à la fin.



Quant au scénario, sous la couche de l'étrange, il s'y cache une satire de la cancel culture, dans laquelle celles et ceux qui s'en prennent le plus dans la gueule sont les membres des générations Y et Z (tout individu, de tous les âges, peut quand même être touché par la débilité ambiante... euh, parmi les "non-victimes" et même certaines "victimes" de notre Pikachu Krueger malgré lui, dans une réalité un minimum vraisemblable, il n'y a pas au moins une poignée d'hommes et de femmes à posséder suffisamment de réflexion et de recul pour prendre la défense de notre célébrité ?).



Comme toutes nouvelles générations, se croyant meilleures et plus vertueuses que les précédentes, elles tendent fréquemment le bâton pour se faire défoncer, d'autant plus que leur connerie est amplifiée par le fait qu'elles sont les premières à avoir grandi avec les réseaux sociaux. Reste que, utilisant ce prétexte, Rachmaninov ne s'est pas trop cassé le cul à creuser un minimum les progénitures de notre victime, en les dépeignant exclusivement comme des coquilles vides n'ayant comme fonction que d'être les plus saoulantes possible. Mettre un peu plus de nuances, de complexité dans leurs relations avec leur paternel ? Non, trop compliqué. Tous les personnages secondaires sont, de toute façon, tous schématiques.



Le premier acte adopte le ton d'une comédie, le second celui d'un cauchemar absolu, comme si le réalisateur voulait d'abord exposer, d'une manière programmatique, un bloc un peu positif avant de virer complètement sur un bloc viscéralement négatif. Pour le troisième acte ? Lors de cette étape narrative traditionnellement obligatoire, Lady Gaga, ne sachant pas comment achever tout ce qu'elle a raconté auparavant, part un court moment (en comparaison de la durée de chacun des deux autres actes !) sur autre chose avant de finir en queue de poisson.



En résumé, Martin Scorsese n'était pas du tout l'homme de la situation pour parvenir à exploiter toutes les possibilités visuelles et scénaristiques d'un sujet en or. En revanche, il n'y aurait pas pu avoir de choix plus parfait qu'un Johnny Cage au sommet pour insuffler du corps et de l'émotion à cette œuvre très très perfectible.

Créée

le 22 juin 2025

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