J’écris ces lignes en pleine canicule, et rien que pour ça : merci Drunk Bus. Merci pour la neige, les manteaux épais, et la froideur des parkings vides de l’Ohio. Un peu de fraîcheur dans cette fournaise apocalyptique, ça fait du bien !
Ce qui m’a d’abord frappé, c’est la mise en scène étonnamment soignée. On sent qu’on n’est pas dans un projet sponso Red Bull avec supplément coke. Certains plans sont franchement beaux. On est dans une sorte de "banalité" silencieuse d’une vie qui stagne.
Et puis y’a l’idée de base. Brillante. Sous-exploitée, mais brillante. Un bus de nuit qui ramasse tous les étudiants bourrés ? Voilà un décor "social" en or. Des visages qui défilent, des échanges absurdes ou tragiques… Y’avait de quoi faire une cartographie humaine passionnante. Mais non. Le film préfère, malheureusement, rester un peu trop collé au siège du conducteur à mon goût. Du coup, même les personnages secondaires les plus « importants », ben même eux sont clairement sous-développés. En même temps, j’aurais dû m’y attendre : le visage du conducteur fait littéralement la moitié de l’affiche.
Ensuite… faut vraiment qu’on parle des rôles féminins. Y’en a déjà peu dans le film, et en plus, sans exception, elles sont cantonnées à des rôles de love interest ou de sex interest. Ça donne vraiment l’image d’un film écrit et validé uniquement par un boys club.
Côté "mentor", Pineapple est un personnage qui pourrait sortir tout droit d’un vieux jeu vidéo : charisme +10, profondeur -3. Une sorte de Gandalf samoan qui balance des conseils tous plus claqués au sol les uns que les autres. Mais tu peux pas t’empêcher de l’aimer pour autan. Il crève l’écran, et en même temps, c’est un peu son job : c’est lui (entre autres) qui apporte ce rôle perturbateur dans la vie anesthésiée du protagoniste.
L’humour, souvent potache, tape quand même souvent juste. Un pet bien placé, un dialogue lunaire : y’a un vrai truc. L’humour dans ce film vient apporter une chaleur grivoise à une vie froide qui en as bien besoin pour tenir.
Mais malgré tous les défauts que j’ai cités, Drunk Bus reste touchant. Parce qu’il raconte ce qu’on vit tous à un moment ou un autre : cette anesthésie du quotidien. Cette période molle où on subit sa vie sans trop y croire. Ce film, c’est un parcours initiatique, une fable givrée sur un mec trop longtemps resté en veille.
En résumé : Drunk Bus est une virée nocturne imparfaite, mal équilibrée, parfois frustrante… mais d’une sincérité indéniable.