« C'est décourageant le sable. Rien n'y pousse. (Mais heureusement) Tout s'y efface. » Cette phrase de James Joyce dit tout du film « Dune », qui assurément n’est pas gravé dans le marbre, et dont la notoriété est vite soufflée par un vent sauvage dans un désert de sable sans originalité, à oublier pour l’éternité.
Ce n’est juste pas possible qu’un mec comme Lynch ait fait ce truc indigeste à digérer avec du bicarbonate de soude. Evidemment, après le visionnage de cette « chose » difforme, ingrate, cette tâche dans l’œuvre majeure de cet auteur majeur, je me suis demandé dans quelle mesure était-il possible que David ait pu réaliser cette excroissance, cette hernie, cette verrue, avant des merveilles comme « Blue Velvet », « Sailor & Lula » et « Mulholland Drive » (Excusez du peu !)…
« No Reason. »
Par contre, on ne peut prétendre qu’il aurait réalisé les chef-d’œuvres cités plus haut sans cet « accident ». Au contraire, il n’aurait peut-être pas pu élaborer à ce point son cinéma sans cette dune de sable grotesque, ce « freak ». Après ce film, Lynch s'est remis en question, a gommé les erreurs, et est revenu à quelque chose de plus simple, un policier noir dans la grande tradition du genre, un cinéma plus accessible, malgré sa patte « bizarroïde » et complexe ; un parfait come-back avec cette ambiance renfermée schizophrènement sur elle-même, opaque et envoûtante, ce parfum lynchien enivrant.
Tout n’est pas à jeter, mais, étrangement, je ne saurai quoi citer pour certifier que tout n'est pas à jeter (l'ambiance peut-être) : Kyle MacLachlan et Sting ont des coiffures grotesques (tiens au fait j’ai une liste là-dessus !) ; les « Bites » de sable, monstres assoiffés de chair fraîche, sont grosses - tesques aussi, on rigole en écarquillant les yeux en les voyant. Toute la réalisation semble souffrir le martyr, et le décalage avec la technologie moderne actuelle, et assurément, « Dune » serait serait l’un des rares films dont j’aimerai voir un remake, car il a de grandes chances d’être meilleur que celui-ci.
Je n’ai pas compris grand-chose en plus, il est question d’alliances, de dynasties, princes, rois, planètes, d'une guerre bizarre… mais il y un « Bug ». Les scènes de batailles sont filmées de loin, de trop loin, peut-être pour donner une impression de grandeur, ou est-ce l’ambition, voire le génie visionnaire de Lynch qui est en avance ? Lynch ne savait pas où il allait avec ce film, cela se sent à chaque seconde ; il n’a pas su quel sujet développer, et on ne peut que le déplorer. Il faut simplement voir ce film une fois (cela suffit amplement), et le considérer dans une vision plus globale comme un élément faisant partie intégrante de la filmographie de l’auteur. Heureusement, ce dernier s'en est largement relevé.