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Si l’on peut facilement qualifier les adaptations de Dennis Villeneuve de froides, celle de Lynch porte facilement l’épithète de soporifique.
Alors certes, on sauvera quelques trouvailles visuelles, faites de projections de liquides non-identifiés et de designs dont le grotesque kitsch confère un certain charme aux idées représentées, mais globalement c’est un raté total dont on comprend facilement le désaveu du réalisateur.
Et pour cause, comment les De Laurentiis se sont-ils dit que mettre ce jeune cinéaste, dont le pedigree jusqu’alors se résumait au perturbant Eraserhead et à l’émouvant Elephant Man, aux commande d’un blockbuster qui se traînait déjà une réputation d’inadaptable (Jodorowsky et Ridley Scott s’y étaient déjà cassé les dents). Lynch n’était absolument pas dans son élément, tant thématiquement que techniquement.
Résultat, ça dégouline de partout. La narration est surchargée par une exposition lourdingue qui doit concentrer deux bouquins en un métrage, et commet en sus l’affront de balayer toute la portée critique de l'œuvre d’Herbert en éludant la supercherie de l’élu pour un faire un récit premier degré. Une narration qui passe de surcroît par une surabondance de voix off complètement désincarnées et des acteurs qui lorsqu’ils parlent de vive voix sont soit en roue libre totale (Sting, Brad Dourif et Kenneth McMillan) soit complètement aphasiques (Kyle MacLachlan dans son première rôle, déjà une endive de compétition, et globalement toute la maison Atreides).
Puis surviennent les moments clés. La rencontre des fremens, expédiées en trois secondes avec une acceptation immédiate du white savior (quand bien même ces nomades du désert sont eux-mêmes blancs comme les british qui les incarnent). La première chevauchée des vers des sables, aisée et sans cérémonie. La bataille finale, illisible et faite de plans resserrés qui dénotent au choix d’un manque de moyens, d’un manque d’ambition ou d’un manque de savoir-faire. Des manques partout. Tout juste peut-on retenir la scène de la boîte à bobo, où Paul met sa main au feu spirituel des sorcières et où Lynch peut s’exprimer dans l’onirisme inquiétant.
Dune de 1984 n’a pas usurpé sa réputation de navet (n’étant pas assez drôle pour tomber dans le nanar), mais reste tout de même un objet intéressant pour le cinéphile tant ses coutures atrophiées laisse entrevoir le chaos de sa production, les rares percées de la vision de son réalisateur dans l’amas de pellicule tuméfiée faisant rêver à ce qui aurait pu être.
A voir en connaissance de cause donc.