Erora... pardon... Aurora est persuadée qu'un monstre vit sous son lit et en sort la nuit pour chercher à se nourrir. Encore plus terrorisée lorsque ce dernier semble s'en être pris à ses parents, elle décide d'entrer en contact avec son voisin mutique et solitaire qu'elle soupçonne être un chasseur de monstres...
Bryan Fuller déboulant avec toute la folie visuelle de ses univers (enfin) pour la première fois au format cinématographique, ça ne pouvait être que notre premier gros coup de cœur de 2026 ! Ça n'a bien sûr pas manqué, le créateur des géniales "Dead Like Me", "Pushing Daisies" (notre préférée à jamais), "Hannibal", "American Gods" (première saison) ou encore du pilote de la restée hélas avortée "Mockingbird Lane", toutes dotées d'une identité formelle et d'un ton restés toujours aussi singuliers dans le paysage audiovisuel malgré les années écoulées, signe en effet avec "Dust Bunny", un premier long-métrage synonyme de la quintessence de la patte artistique qu'on lui connaît et pour laquelle on voue (et vouera) une perpétuelle adoration.
Évidemment, le film se déguste avant tout comme un bijou constant de trouvailles de mise en scène et de direction artistique inventive faisant office de merveille de tous les instants pour nos rétines de spectateurs, située quelque part à la lisière des meilleures réalisations de Jean-Pierre Jeunet, des situations burlesques des frères Coen que l'on aurait laissé infuser dans un conte de fée d'inspiration burtonienne de la grande époque et d'une fantaisie douce amère dont la portée métaphorique s'imprègne de façon quasi-obsessionelle et organique dans la composition de plans que ne renierait sans doute pas un Wes Anderson sur certains points. Comme les percées fantastiques de son monstre planqué dans le sol de l'appartement de la pauvre Aurora, Fuller fait tout simplement jaillir la magie commune de ses précédentes créations à l'image, la laisse vivre et s'épanouir autour d'un récit idéalement pensé pour épouser toute l'amplitude de son spectre.
Même si la portée symbolique de "Dust Bunny" ne fait guère de mystère sur ce qu'elle a à dire sur les traumatismes d'enfance (et la manière de les appréhender/dompter pour les surmonter), le film l'utilise là encore admirablement bien dans toutes les ramifications que peuvent lui permettre les liens entre son trio de personnages principaux sur la durée, le décalage permanent entre la froideur d'un monde de tueurs et l'extraordinaire véhiculé par celui de l'enfance ainsi que par ce ping-pong si jouissif d'échanges où le pragmatisme de la petite fille fait tant de merveilles face à des adultes déconcertés.
Avec un Mads Mikkelsen bien entendu parfait dans le rôle de ce voisin "chasseur" bousculé par l'arrivée de cette petite obstinée au sein de son terne quotidien (Sophie Sloan est d'ailleurs tout autant géniale), la tendresse émanant de la relation de ce duo connaît une montée en puissance à la poésie touchante, puisant sa force dans cette rencontre de solitudes miroirs et vouées à une guérison mutuelle au contact de l'autre. Mieux encore, sur un terrain peut-être plus inédit pour lui, celui de l'action plus frontale, Fuller réussit le tour de force d'impressionner avec un final réellement spectaculaire qui ne perd jamais (et même amplifie) tout le sens de la vision décalée de cet auteur décidément à part. Et, enfin, comment ne pas accueillir la présence de Sigourney Weaver dans cet univers fantasque comme une cerise à ce gâteau aux carottes si généreux qu'est "Dust Bunny" ? Mention spéciale à ses talons-aiguilles si "professionnels".
Bref, en plus de livrer le film avec un lapin géant le plus fou que l'on ait vu -dans un autre registre- depuis "Donnie Darko", Bryan Fuller est donc bien parti pour se faire un nom durable cette fois au cinéma. Et, on est prêt à le parier, d'encore bien plus grands films de sa part sont à venir, c'est dire.