El Aura
6.9
El Aura

Film de Fabián Bielinsky (2006)

Esteban est taxidermiste et hypermnésique. Son quotidien, presque au point mort, l'incite à revenir à une vie de crime, mais il va commencer par partir chasser en forêt parce que c'est quand même un peu plus simple. Ce qui est pour lui un moyen de faire une pause va se révéler être le déclencheur d'une succession d'évènements inattendus, du moins pour lui. Car pour le spectateur, la forêt a tout de suite pris des airs mystiques, et lui-même a immédiatement semblé dans son élément : sa mémoire lui permet de sillonner les chemins sans jamais se perdre, et son épilepsie paraît s'accorder avec les ondes émanent de l'atmosphère sylvestre, comme la réminiscence d'une Amazonie contiguë quoique lointaine. On est dans une parfaite association du banal avec quelque chose de quasi-surnaturel.


Les quelques secondes précédant ses crises sont appelées "auras", un état de grâce qui aiguise tous ses sens avant la perte de connaissance. Ces auras sont un handicap, mais plus métaphoriquement une bénédiction, une forme de voix intérieure qui se met soudain à parler trop fort et trace son destin dans l'encre éthérée de leur inéluctabilité. Cette encre, Bielinsky y a puisé pour écrire cette histoire aussi grave que placide où se succèdent des crimes - des anti-auras, des caillots de faiblesse dans les veines del'humanité.


Tout le film consistera à opposer ces deux forces comme un Bien et un Mal qui ne se mesurent pas sur l'échelle de l'âme humaine. Esteban renouera avec le crime sans devenir criminel, tandis que le vrai criminel demeure le protagoniste le plus modéré et le plus humain : tous deux sont liés aux mêmes forces, mais elles s'expriment en eux sans les définir, et ils subissent quant à eux l'issue d'un combat continu qui n'est pas entre leurs mains


Bielinsky prouve après Nueve Reinas qu'il est toujours un manipulateur d'esprits et un créateur d'images bien plus pointilleux qu'il n'en a l'air. Son thriller, ineffable, transmet à la perfection l'idée que le sort de ses personnages ne tient à personne, pas même à son scénariste, et la mort y a un poids discret mais énorme. Violent mais délicat, il invente une sorte de destin qu'il faut dompter.


Quantième Art

EowynCwper
7
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le 22 nov. 2020

Critique lue 128 fois

Eowyn Cwper

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