Ce film est terrible.
Malgré le fait que j'aie détesté le voir, je ne peux m'empêcher de le reconnaître comme excellent.
J'ai découvert un degré de violence que je ne connaissait pas. En général, la violence au cinéma est adoucie par l'amplification. Quand un coup de poing est tellement amplifié, distordu, dans l'image et le son, qu'il en devient beau. La violence réaliste, au contraire, est la pire envisageable. On montre les choses sans esbroufe, mais aussi sans gêne. Le rendu contient la froide évidence du réalisme. L'image, les sons nous disent "voilà, c'est comme ça au plus proche de la réalité". Et c'est exactement ce qu'il se passe ici. Bien sûr le film n'est pas fait que de réalisme, l'angle est très travaillé, très subjectif. La force de cette suite de points de vue subjectif est de nous placer dans un enfermement constant, au plus proche des personnages. Mais contrairement à eux, on sait que la tuerie aura lieu, on l'attend, elle est inévitable. Tout le film est en plein registre de la tragédie, avec la lente marche continue vers le destin et l'exploration psychologique. Au moment où tout se joue, nous sommes encore une fois à côté des personnages, nous voyons les gens mourir de la même façon qu'eux, nous ressentons les mêmes choses qu'eux. Et ça, ça m'a terriblement choqué, j'ai vu, sur grand écran, des gens mourir presque pour de vrai. C'est véritablement ce réalisme terrible qui fait toute la froide violence du film, cette violence qui n'est autre que celle qui a lieu dans les rues, dans nos villes, et jusqu'à l'autre bout du monde, partout où se reproduit l'espèce humaine. Sauf que dans ce film, on ne peut pas choisir de ne pas la voir. Nous sommes les tueurs, nous sommes les victimes. Et chacune des deux faces nous fais perdre un pan de notre innocence. À voir, inévitablement, mais éviter les jours de déprime - c'est psychologiquement très dur.
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