Je crois avoir déjà parlé dans une de mes précédentes critiques du malin plaisir que prenaient certains réalisateurs à utiliser du Beethoven pour augmenter l’intensité malsaine de certaines scènes. Encore une fois ça ne loupe pas.
Cette palme d'or réussit à nous captiver pendant 1h20, alors que pendant la première heure, il ne se passe strictement RIEN. D’un plan séquence à un autre, il nous balade dans le quotidien à première vue inintéressant (et à seconde vue aussi), de jeunes souffrants d’adolescence aiguë. Certains mal dans leur peau, deux trois geeks, le cliché du sportif qui en laisse beaucoup bavantes, etc. L’apparition des prénoms des personnages laisserait penser à une imminente analyse psychologique ou à une immersion dans leurs vies. Absolument pas. Gus van Sant présente à la fois brièvement et exhaustivement chacun des protagonistes : en ne laissant apparaître qu’une partie de leur vie, il montre celle qui est la plus importante pour eux probablement et qui les définit au moment de l’intrigue. Le problème d’alcoolémie du père, la passion pour la photo, les engueulades entre copines. Même l’apparition éclair de « Benny » en dit long sur le caractère et le courage du personnage. Gus van Sant en montre assez pour qu’on sache qui est qui lors de la fusillade, et assez peu pour qu’on ne s’attache ou s’identifie aux personnages. Nos glandes lacrymales l’en remercient.
D’une manière brute, il retransmet des faits sans chercher à les analyser ou à les comprendre. J’allais écrire que la mise en scène relatait la progression de chacun des personnages jusqu’à l’instant fatidique, mais Gus van Sant se désintéresse de certaines personnages et en pioche de nouveaux jusqu’à la fin (encore ce fameux Benny). Un film choral assez étrange donc, où les personnages et les dialogues n’ont en fait pas d’intérêt, car seul le dénouement en a un, porteur de la violence d’une époque.