Un peu déçu, le film est décousu, les poèmes dits par Michel Piccoli le sont souvent à un rythme trop effréné, là où Elsa Triolet et Louis Aragon prirent le temps d'aimer, de s'aimer, de se découvrir toujours différentes à chaque moment de leurs vies. Certes, comme dit Ferré, "La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique (...) elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche ". Mais c'est ici trop rapide, à peine le temps d'entendre. Il s'agissait sans doute de présenter l'amour d'Aragon pour Elsa comme un tourbillon mais c'est à mon avis une erreur dommageable à l'ensemble.
Le film n'est toutefois pas dénué de qualités, d'abord avec de nombreuses citations éclairantes, qui confirment, s'il en était besoin, tout ce qu'Aragon devait à Elsa. Et puis des regards, ceux d'Aragon pour Elsa, mais surtout ces yeux, les yeux d'Elsa, ce visage extraordinaire, filmé ici alors qu'elle a presque 70 ans, quelques années avant sa mort. Varda, Louis et Elsa nous racontent, chacun à sa façon, la rencontre du couple mythique en 1928, dans une amusante reconstitution, 37 ans après, puis on part dans différentes directions, le passé d'Elsa, leur relation, la place de chacun par rapport à l'écriture.
L'ensemble n'est peut-être pas bien construit, c'est ce qui me dérange sans doute mais c'est peut-être aussi ce qui fait le charme de ce film, sa déconstruction, les yeux d'Elsa, et surtout la poésie.
Je connaissais un peu cette histoire à travers les chansons de Ferrat et Ferré,. Désormais, j'ai vu les yeux d'Elsa. Ce n'est pas si mal.