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le 23 nov. 2024
SuivrePoétique et troublant
Avec un concept fort l'équipe du film a réussit à tirer une oeuvre singulière. Bien assis dans mon fauteuil au Forum des images j'ai reçu une charge poétique puissante, qui m'a interrogée . Et quel...
Tout d'abord, le personnage principal, un archétype, une caricature, du petit bourgeois parisien.
Il habite, seul, dans un grand appartement dont il est propriétaire.
Il est, bien évidemment, blanc.
Il est filiforme (il doit bouffer bio), arbore un style capillaire vaguement tendance métrosexuel, néo-rétro, anglais, des années 90, à la Liam Gallagher (icône absolue du rock "propre"), faussement négligé (il va chez le coiffeur régulièrement pour peaufiner ses mèches).
Il porte des fringues serrées classiques, des chemises banales toutes molles près du corps (en coton bio?), et il chausse certainement des baskets Veja, bien sûr.
Le must, chez les bourges, c'est de porter des fringues de marque sans signe distinctif.
Les logos, brodés, imprimés, ou sérigraphies, c'est pour les prolos, les pauvres.
Il appelle aussi sa môman, régulièrement, car le cocon, ou plutôt, le clan familial, chez les bourges, fournis le capital économique, immobilier, social, culturel, notamment.
Le système de reproduction sociale, c'est le coeur du pouvoir.
Le fait que ce maigrelet aux faux airs de dandy proustien (en vachement moins classe), dispose d'un appart spacieux, et, luxe ultime, visiblement trop grand pour lui seul (la pièce faisant office de débarras et futur mouroir pour sa dulciné aux cheveux gras), m'amène à déduire qu'il s'agit d'un héritage, peut-être, de sa mamie blindée, décédée, avec, à la clé, logiquement, un petit bas de laine confortable sous la forme d'une assurance vie ou d'un compte défiscalisé quelque part en Suisse ou à Monaco (j'extrapole, je sais...).
La décoration de cette garçonnière, en toc, horrible, à mes yeux, est inspirée des seventies. dégoulinante de plastique dans les tons orange criards dégueulasses, typiques, entourant un lit kingsize à la Larry Flint, pièce maîtresse de son salon, qu'il a certainement chiné à un prix extrêmement prohibitif dans un magasin d'antiquités "vintage", quelque part dans un quartier bobo chic branché, du centre ville.
Il a des étagères remplies de bibelots rétro et high-tech, comme des figurines collector de Goldorak numérotées, toutes pourries, achetées une blinde sur le Net
FINITO, la bibliothèque à papounet.
Les jeunes bourges ne lisent pas; excepté des torchons de développement personnel, ou le dernier Bruno Le Maire.
Ce blondinet est au design, à l'aménagement intérieur, et aux goûts de chiotte en général, ce que les "youngtimers" sont aux caisses très laides, souvent pourries, des années 80/90/2000, qu'ils achètent, parfois, à prix d'or.
Pour casser sa tirelire dans une 405 ou une R25, il faut vivre dans la nostalgie d'un monde que l'on a jamais connu.
Moi, si, des millions de putains de bornes dans des Mazda 928, Peugeot 205, 405, WW Golf, Citroën BX et Visa (au design hautement dégueulasse), Dodoche, Renault 16, 18, 25, et j'en passe.
Je leur laisse !
Il bosse vaguement dans une start up, dans le domaine de l' "image" ou de la com' (un des maux du Siècle), évidemment, surement en tant que Project Manager.
D'ailleurs, ses parents lui ont grassement "payé" son école privée à deux balles (traduisez; "acheté son diplôme").
Il a donc une méga installation d'homo-économicus moderne, avec méga écran géant et tout le méga bazar qui vient avec.
Il peut donc mater le dernier Marvel, ou le nouveau Pierre Niney, affalé dans son grand lit (ne manque que le matelas à eau), voire se branler en 4K sur des comptes OnlyFans américains de blondasses aux sourires carnassiers. (j'extrapole encore ...).
Il y a aussi sa meuf, qui, de son côté, bosse dans le social, donc elle est à moitié folle, un peu pérave sur les bords.
Elle fait la teuf, bois des mojitos, danse très mal, et fume des joints.
Certainement une socialisante, fan de Ségolène, ou Marine (celle à la veste verte), une féministe blanche "bon ton" qui pisse debout entre les bagnoles et qui trie religieusement ses déchets, car seuls les "petits gestes" comptent (selon l'adage néolibéral), tout en n'ayant aucune conscience, de vivre, comme tout le monde, sur un océan de pétrole et d'esclaves planqués dans le Sud Global.
Elle s'habille dans le style typique des néo-babos, maquillage de merde, cheveux sales, enfile des blousons en fausse fourrure pleine de mites, et porte à coup sûr des Doc Martens, ou des Converse pourries.
Elle écoute certainement Louise Attaque, Mickey 3D, Juliette Armanet, et de la Cumbia, voire même Orelsan, (le rappeur blanc, propre, gentil, poétique, des podiums Dior ou Chanel, bien embourgeoisé, coqueluche des parents "branchés" dont la progéniture avale du Big Flo et Oli).
Elle le suit depuis qu'elle l'a écouté sur France Inter, sa radio "pas antisémite" de référence, car c'est du rap à textes, la même soupe que Vincent Delerm, dans la variétoche.
Les bourges déclarent souvent que c'est un peu du slam, pour y ajouter une valeur vaguement aristocratique.
Donc, le héros, est plutôt tendance marconiste.
Il navigue entre Gluglu (AKA le Ayrton Senna du jet ski, ceux qui ont la ref capteront), et Gaby (AKA Chem' Sex Symbol), car à la maison, dans son enfance, il a été bercé sur du Sardou et du Patrick "Epstein" Bruel.
Sa meuf est plutôt dans un mood de "gôche", tirant du rose délavé vers le vert pâle, tout en se prenant pour une punk.
Elle se déclare "apolitique", évidemment, et pense de plus en plus à voter pour Ruffin, le Petit Père des Peuples 2.0, qu'elle trouve sympa, car il est aussi mal fringué qu'elle, et produit des BD's bien pensantes et paternalistes, où "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", comme Mao chiait de petits Livres Rouges.
Elles est bien sûr convaincue, en tant que détentrice de la bonne parole féministe ethnocentrée, que le voile est un instrument de soumission des femmes aux hommes, plutôt qu'à Dieu.
Elle l'a lu dans Charlie Hebdo, ou le dernier vomi de Caroline Fourest.
De manière paradoxale, le schéma patriarcal social occidental est préservé, voire institutionnalisé, dans ce film, à travers ces deux protagonistes principaux : la femme est un brin border line, en gros, hystérique, ne gagne pas beaucoup de tunes,, fait preuve d'une certaine instabilité, et de frivolité, en grillant ses neurones et ses tunes dans la weed et la caipirinha.
C'est une femme un peu "légère", en somme, qui à tendance à faire n'importe quoi.
C'est une cigale qui festoie et danse..
Alors que le personnage principal, un homme (certes "déconstruit", en apparence), est une fourmi, qui dispose d'un logement spacieux, sécurisé, de moyens financiers visiblement confortables, de réserves de nourriture, qui pense et se projette dans l'avenir de manière rationnelle et raisonnée, y compris pour des temps difficiles.
Il représente la "safe place".
Il est le rocher sur lequel sa sirène border line va se réfugier pendant l'ouragan (plus patriarcal que ça, tu meurs).
Logiquement, comme au 17ème siècle, c'est la femme cigale qui vient se réfugier chez son homme-fourmi bienfaiteur.
Le rapport de domination masculine est entièrement validé, gravé dans le marbre, dans la structure même du film.
C'est certainement pour cela que les deux tourtereaux s'entendent bien, autour de valeurs somme toute hyper normées, traditionnelles, ultra conventionnelles, d'aucun dirait passéistes, en tous cas, rémanentes.
Ensuite, l'histoire.
Bon, là,, pas grand chose à dire, l'épidémie, la rebelle cannabinoïdique qui squatte, le confinement, les parties de jambe en l'air (le réal se prend pour Godard, ridicule, comme les lunettes de Micron 1er), la meuf qui y passe.
Du coup, le mec bouffeur de graines est triste, et, du coup, il se suicide, à la fin., comme tous ces bourges nihilistes qui ne tiennent pas réellement à la Vie.
Tout ça pour ça, j'ai envie de dire.
C'est un huis clos, oh ça, oui.
Et c'est lent, et c'est long, et c'est lourd.
Ils se parlent entre voisins à travers le conduis d'aération, et pas qu'une fois.
L'idée est recyclée à l'envie, jusqu'à la corde, et un certain degré d' irritation, chez le spectateur que je suis, car c'est la seule et unique trouvaille créatrice peu ou prou originale.
Les effets spéciaux ne parviennent pas à contrebalancer la faiblesse du scénario.
Ils sont à l'image du film, fades, vaporeux, ultra convenus, d'un mauvais goût esthétisant, vaguement pseudo métaphoriques, ternes, sans véritable présence.
On aurait pu s'attendre à un délire plus trash, plus gore, mais non, car c'est un film cérébral, car, c'est un film français, messieurs dames.
Au passage, cela en dit long sur les écoles de cinoche françaises, à l'instar des Beaux-Arts, qui produisent des créateurs de concepts vaniteux, vides, creux.
Je le SAIS, après 10 ans passés à Bordeaux, l'autre "bourgistan".
J'ai fréquenté quelques "bozardeux", totalement nuls en technique artistique, capable de te chier des discours théoriques fumeux sur des "productions" totalement dénuées d'une quelconque aspérité, même microscopique.
Je suis même allé à leur happenings, c'était d'un niveau intellectuel affligeant, faussement transgressif.
Donc, tout ça pour dire que: c'est pas de la merde, c'est du film bio !
Un signe ne trompe pas.
Je l'ai regardé en deux fois, et ce ne fut pas une sinécure, tellement c'est indigent, et donc indigeste.
La fin est, vraiment, une queue de poisson, mais vaporeuse et confuse, certes, et pas transcendante pour un sous, malgré l'apparition de la chinoise, sorte de caution new-age pseudo confucéenne, vaguement métaphysique
(comme un Point Relay dans une gare en Arabie Saoudite).
Bref, je n'ai pas du tout aimé ce film prétentieux.
Les personnages, et les acteurs, sont irritants, ridicules, et le scénario est poussif, c'est le moins qu'on puisse dire.
Le postulat de départ, basé sur une pandémie mondiale, est ultra éculé, et repose sur un confinement "covidien" totalement grossier, mal bricolé.
Rien de surprenant, le réalisateur brode sur un pitch déjà surexploité.
Les effet spéciaux sont insipides, super cheap, et n'ajoutent aucune dimension onirique au film.
Ce film est un mauvais navet français de plus, car il suinte l'intellectualisme pédant et creux, fruit d'une pensée en vase clos, totalement à côté de la plaque vis à vis du monde qui nous entoure.
Excepté le clochard qui squatte la rue en face de l'immeuble, filmé de loin, comme un personnage hors champ, éthéré, nous sommes dans un vase clos bourgeois, typique de l'univers parisianiste des beaux quartiers gentrifiés.
On pourrait se croire à Saint Ouen, chez Karim Master Poulet, l'arabe du futur, fer de lance du séparatisme spatial bourgeois.
Regardez ce film !
C''est la French Touch, dans toute sa laideur et sa vulgarité, comme un son de David Guetta ou Bob Sinclar, voire Daft Punk dans ses années néo funk house disco, en toc.
Je rêvais de leur enlever leurs putains de casques de série Z des eighties pour leur crier dans les oreilles, "c'est de la merde !".
Je ne vais pas me faire que des potes ..., je sais.
Mais moi, au moins, j'ai grandi, vécu, avec.
J'ai eu 17 ans en 1992, j'ai mixé sur vinyle pendant plus de 20 ans, et organisé moult évènements musicaux non déclarés à la Kommandantur (ouf, j'ai échappé à la zonzon. Pauvre jeunesse sacrifiée).
Avec les potes, on les a vu arriver, tous ces usurpateurs bourgeois de l'electro (comme un dit maintenant).
On trouvait tous (donc beaucoup de monde, et un paquet de musiciens), déjà, que ces pseudos artistes faisaient de la grosse daube, malgré le fait qu'ils disposaient d'un capital pécunier, social, supérieur, comme ceux qui ont pondu cette oeuvre peu ragoutante.
Pour conclure, ce film est, malgré tout, intéressant, instructif, à plusieurs égards, surtout d'un point de vue balzacien, pour faire court (très très court).
Il reflète fidèlement la mentalité bourgeoise française du moment, toutes générations confondues (la preuve ici), à savoir, la perpétuation du patriarcat, la détention du capital, la prétention, l'inculture, le conformisme, une médiocrité certaine, et, surtout, le séparatisme social, révélé par le côté ultra nombriliste de cette œuvre, partagé par moult films français tournant autour de huis clos intra ou extra familiaux, psychologisants à mort, dont tout le monde se fout, excepté les auteurs eux mêmes, et leur faible audience, intimement persuadés que leurs petits états d'âme ridicules sont universels.
Flaubert aurait pu en écrire un Madame Bovary des années 2010-2020.
Même le charclot, en bas, dans la rue, est français, et blanc !
Au passage, remarquons aussi que la flicaille est courtoise et respectueuse envers le petit couple bobo.
Pas de GAV, d'amendes à 135 balles, pas d'insultes racistes, pas de coup de taser, ni de menottes.
Non non, les condés respectent ici, d'emblé, le "privilège blanc", intégré inconsciemment par le réalisateur, qui n'a jamais eu à subir un contrôle au facies de sa vie (ni vivre à 5 dans 30 mètres carrés au dixième étage d'une tour sans ascenseur).
C'est dire si le quartier s'est gentrifié, comme l'esprit de celui qui a pondu ce long métrage.
Quant à la présence de la voisine asiatique, c'est la caution "diversité", bien connue, bien documentée, bien raciste, reposant sur le mythe occidental que seuls les "jaunes" habitent dans les quartiers "blancs" car ils "ne posent pas de problèmes d'intégration" (à l'inverse de tous ces métèques bronzés qui dérangent le calme bourgeois).
Je suis persuadé que le réal ne s'est même pas posé cette question, cela lui a été totalement naturel.
Et c'est justement là que c'est intéressant.
Et oui, donc, ce film expose parfaitement les fantasmes dystopiques de la bourgeoisie soc'dem', individualistes, conformistes, mesquins, conservateurs, voire réactionnaires.
Ce machin, ce n'est que de la masturbation intellectuelle stérile, à la limite d'un délire paranoïaque.
J'abuse, je sais.
Mais je pense avoir approché une certaine vérité.
Finalement, j'ai apprécié cet objet artistique, pas pour ce qu'il prétend raconter, mais pour ce qu'il est, ce qu'il véhicule.
N'en déplaise à celles et ceux qui se sentiront visés.
Créée
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