Alors que Audiard a exploré durant de nombreuses années les personnages cassés, passant d’un jeune détenu transformé en extrémiste dans Un Prophète aux jambes brisées de Marion Cottilard, le réalisateur de Emilia Perez nous livre un film aux antipodes de ce que j’attendais de lui : une comédie musicale sur fond de cartel, de parentalité et de trans genre le tout animé par une musique latine chorégraphiée magnifiquement… un cocktail redoutable pour celui qui ne dose pas précisément les différents ingrédients de cet opéra en plusieurs actes et pourtant, Jacques Audiard a bousculé les codes sur tous les niveaux.
En effet, quel meilleur moyen que de transformer un homme en femme pour montrer la dualité de notre monde… est-ce qu’un homme est destiné à faire le mal, est qu’une femme a le pouvoir de faire le bien, est-ce que notre corps nous appartient au point de le déchirer pour renaître dans une forme qui nous permet d’être ce que l’on accepte de soi-même ? Quelle place pour la famille, pour les proches dans cette transformation… tant de sujets abordés par Audiard qui font de ce film une rampe de lancement vers la réflexion humaniste.
En attendant, pour le même prix cette semaine , j’ai vu deux films : Emilia Perez et le Roman de Jim… l’un des deux n’a pas vraiment donné ce que l’on attend d’un film à savoir, le respect pour le spectateur dans son envie de s’évader et de ressentir des émotions, en utilisant tous les artifices disponibles du cinéma pour s’évader dans l’imaginaire… . Pour le même prix de la place, le premier m’a emporté en dehors de ma réalité en me faisant vivre des émotions extrêmement fortes, le second, quant à lui, n’a eu de cesse de me faire sortir de l’histoire…