Je sors de la projection et je retourne le truc dans tous les sens, y a un blème, mais lequel ?
La vacuité ? Le trop plein spectaculaire ? Les ressorts dramatiques mal ficelés ? Le petit plus moralisateur sans efficacité ?
Emilia est partagée entre deux identités mais le spectateur aussi est partagé entre deux émotions contradictoires, oui et non ou plutôt bof et top.
Les actrices sont exceptionnelles et je crois vraiment qu’elles méritaient mieux, les parties chantées sont dans l’ensemble dispensables et un peu ridicules dans la mesure où elles sont pour la plupart mal raccordées au récit ; sauf deux dialogues chantés, celui de la première rencontre entre Manitas et Rita et celui de Rita et du chirurgien plasticien, ces deux-là sont poignants et ce qui se dit lors de ces deux échanges intimes transcendent un discours maladroit et souvent binaire sur un des sujets qui secoue nos sociétés occidentales actuelles, à savoir l’identité de genre.
C’est un film électrique et par moment les shoots de rage féministe font du bien, mais j’aurais aimé plus de profondeur dans les relations, il faut dire que le rythme du film n’aide pas non plus car il est avant tout un spectacle et c’est peut-être le cœur du problème, un film spectaculaire n’est pas une tragédie lyrique et cette prétention à vouloir faire passer des réflexions dans un flux viscéral d’émotions violentes nuit à l’ensemble.
Un exemple de ce qu’aurait pu être Emilia Pérez : le moment où toute la violence viriliste des sociétés patriarcales refait surface chez Emilia, qui a pourtant changé de genre et veut recommencer une vie rêvée qu’elle ne pourra jamais accomplir car le passé refait toujours surface ; ce moment où elle menace sa femme quand celle -ci lui annonce son mariage ; à divers points d’intersections du récit il y aurait pu y avoir autre chose que ce qui nous est montré et je trouve bien dommage que le film et son auteur soient passés à côté de ce qui aurait pu être sinon un chef d’œuvre, en tout cas un film culte.