Scénario.
Que vaut Emilia Pérez, prix du jury au Festival de Cannes 2024 ?
Le film excelle dans bien des aspects, que j’aurais le temps d’aborder plus tard, mais le scénario est sans doute son talon d’Achille.
L’histoire se nourrit d’un pitch original et de multiples personnages féminins au fort potentiel.
Malheureusement, ce potentiel n’est jamais vraiment exploité jusqu’au bout. Le scénario a du mal à maintenir des enjeux tout le long du film, et nous laisse dans un ventre mou dans sa deuxième partie.
Les personnages sont assez creux au final, et même si les actrices leur donnent du caractère et de la présence à l’écran, leurs actions et motivations restent assez plates.
Photographie.
Dès la première scène, l’image nous plonge dans un univers différent, où les passages musicaux permettent de dépasser la réalité et de jouer avec les lumières et les couleurs.
Cinéma, théâtre et danse se mélangent et mènent à des scènes très belles et bien travaillées, toujours hyper créatives.
Emilia Pérez est un plaisir pour les yeux, qui offre un grand spectacle visuel, à regarder dans de bonnes conditions !
Réalisation.
On sent que le projet est un terrain de jeu pour son réalisateur Jacques Audiard.
Le choix de faire une comédie musicale peut paraître étrange pour un film de ce genre, mais il permet d’offrir des scènes d’une grande créativité. Comme pour la photographie, la réalisation est aussi dingue pour tous les passages musicaux.
Des mouvements de caméra dynamiques et une mise en scène théâtrale pour des scènes mémorables.
En dehors de ces scènes, la réalisation reste efficace et sans défauts majeurs, mais sans grosses prises de risque non plus.
Musique & Son.
Comédie musicale oblige, la musique prend une part très importante dans l’œuvre.
J’ai été néanmoins dérangé par quelques passages musicaux, à cheval entre chants et dialogues où ça ne chantait pas hyper juste.
Ces quelques erreurs ont vite été éclipsées par les autres musiques, tantôt touchantes, tantôt épiques et orchestrales.
Entre chant et rap, les interprétations (inégales) amènent à des morceaux vraiment originaux, dans un style assez unique.
Acting.
Toutes les quatre récompensées pour leur interprétation au Festival de Cannes, les actrices du film offrent des jeux inégaux mais brillants.
Karla Sofía Gascón se révèle en jouant deux personnages en un, deux faces d’une même personne qu’elle tente de dissocier, mais qui finissent par s’emmêler, dans un jeu très juste et subtil.
Sélena Gomez et Zoe Saldaña se lâchent dans des scènes musicales complètement dingues alliant jeu, chant et danse.
Le manque de réelle profondeur de leur personnage les empêche cependant de révéler tout leur potentiel.
Cœur.
Véritable OVNI dans le paysage, Emilia Pérez a su capter mon attention.
Un spectacle impressionnant, bourré de créativité et à la mise en scène intéressante, qui accompagne un récit qui peut manquer de cohérence et d’enjeux clairs.
On peut être interloqués, déçus, intéressés ou même choqués du traitement du thème de la transidentité dans ce film, qui est à la base de l’intrigue.
Pour ma part, j’ai trouvé que ce thème fait juste partie du récit, un élément déclencheur, mais qui n’est pas la thématique principale. Il présente une des nombreuses facettes de la transidentité sans y apporter de jugement moral, il reste au public de s’en faire une opinion.
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