Un film magistral et tout en nuances sur les thèmes de la tolérance, de la recherche de rédemption et de la quête de liberté (en cherchant à (re)donner du sens à sa vie et en exprimant sa propre identité, même si ça doit être envers et contre tout).
L’un des principaux points forts d’ "Emilia Pérez" est son rythme parfaitement maîtrisé, avec des passages musicaux mémorables, remarquablement orchestrés et chorégraphiés (les chansons ont été composées par Camille et Clément Ducol).
D’autre part, le récit est porté par une galerie de personnages gris, multifacettes, tantôt touchants et drôles, tantôt antipathiques et aux actes répréhensibles… ce qui les rend encore plus passionnants à suivre. Nos trois "héroïnes" sont interprétées par un trio d’actrices brillantes. Zoe Saldaña est très juste dans son rôle d’avocate désabusée, rouage d’un système dont elle profite mais qu’elle dénonce malgré tout, tout en gardant l’espoir de pouvoir servir des idéaux plus nobles et de redonner un sens à son combat pour plus d’égalité et de justice. Selena Gomez joue quant à elle un rôle sensible et à fleur de peau : celui d’une femme délaissée, à la fois veuve et mère, étouffant dans le carcan et l’exil qui lui ont été imposés… et qui aspire à s’émanciper et enfin vivre plus librement sa vie et son véritable amour. Enfin, Karla Sofía Gascón offre une interprétation puissante dans le rôle-titre, en incarnant une femme charismatique, haute en couleurs et sans concessions, double féminin inversé de Manitas. Une femme aux nombreux défauts qui cherche à s’épanouir en affirmant sa véritable identité, mais aussi à s’engager sur le chemin de la rédemption en prenant la tête d’une lutte sociale d’envergure.
Car il s’agit d’un film où ce sont bien les femmes qui se battent pour faire bouger les choses et rétablir la justice dans un monde marqué par les violences et les inégalités sociales. Audiard dépeint en effet ici de nombreux problèmes prégnants dans la société mexicaine, tels que la loi des cartels et de la mafia imposée à la population… qui doit aussi subir une violence et une misère omniprésentes et se heurte au silence et à l’inaction du gouvernement, de la police et du système judiciaire (tous corrompus jusqu’à la moelle). Malgré tout, l’espoir renaît grâce à la communité des citoyens, qui prouvent que l’union fait la force et que le courage de prendre les choses en main eux-mêmes peut réellement avoir un impact significatif.
Or face à ce message positif et plein d’espérance porté par le film, sa dernière partie ainsi que son final paraissent d’autant plus tragiques – avec ce dernier plan faisant figurer les deux enfants qui ont perdu à la fois leur mère, leur père biologique, leur tante et leur seconde mère.