Emilia Perez a bouleversé ma vision des comédies musicales en réinventant le genre. A ces intermèdes mortellement ennuyeux qui enlisent d'ordinaire les films, les moments chantés/dansés soutiennent ici pleinement le scénario pour appuyer les émotions qui traversent les personnages et rythmer une intrigue à la violence sourde, constamment sur le point d'exploser. A l'ouverture du film, lorsque l'avocate désabusée erre dans les rues de Mexico, la danse oppressante de la foule qui l'entoure et la submerge incarne le tumulte mental qui l'habite. Lorsque le chef du cartel, masse virile et terrifiante, entonne une mélodie à fendre l'âme, rien n'aurait pu mieux exprimer sa déchirure intérieure. Ce film m'a surprise pratiquement en continu et ça, j'adore ! J'adore quand on sort de la séance et que personne n'a la même interprétation de ce qu'on a vu. Quand on en parle encore le lendemain au petit dèj parce que la nuit nous a ouvert un nouvel angle de perception. Ça parle du courage d'être pleinement au monde avec ce que cela implique de choix terribles, de sacrifices et d'abandons. De la confiance que l'on accorde à l'autre, sans qui rien ne serait possible. Ça parle aussi de mystique : la rédemption avant de pouvoir opérer le changement, la douleur avant de pouvoir renaître, l'expérience du mal avant de pouvoir faire le bien. Ça parle des ponts entre ce qu'on a été contraint d'être, ce qu'on a choisi de devenir et comment cette interface entre les différentes facettes de notre personnalité nous permet d'être fécond et de nous réaliser. Peut-être une réinvention du mythe du héros grec version mexicaine. C'est génial.