En Fanfare est la nouvelle réalisation d'Emmanuel Courcol, après Le Triomphe qui a obtenu un joli succès d'estime, mais que je n'ai pas vu. C'est donc avec ce film que je découvre le travail du réalisateur et ceci après avoir vu une BA plutôt engageante, mais qui me faisait craindre une comédie franchouillarde à la Bienvenue chez les Ch'tis. En effet, En Fanfare parle d'une Fanfare dans le Nord sur le ton de la comédie dramatique. C'est donc dans la mouvance des Ch'tis, avec la rencontre entre des gens que tout oppose, mais qui au final finissent par s'apprécier. Les deux frangins partagent tout de même une passion, celle de la musique ... mais ça ne va pas être si simple que ça.
On va suivre les aventures de deux frères, ou tout du moins c'est ce qu'on va rapidement découvrir. Tout d'abord, vous avez Thibaut Desormeaux (Benjamin Lavernhe de la Comédie-Française) un grand chef d’orchestre de renommée internationale. C'est un acharné de travail qui voyage beaucoup pour ses différentes représentations. Alors certes, il a une vie très confortable, mais il dort très peu et semble très fatigué ... et pour cause, très tôt dans le film on va lui diagnostiquer une leucémie. Ensuite, vous avez Jimmy Lecoc (Pierre Lottin des Tuches) qui au contraire a une vie très modeste et n'a jamais quitté le Nord. Il est tromboniste dans une petite fanfare et voit d'un mauvais œil l'arrivée surprise de son nouveau frère. En effet, les deux bonhommes ont été adoptés par deux familles différentes à l'âge de trois ans. Et comme Thibaut a besoin d'un donneur pour une greffe de moelle osseuse et que sa sœur n'est pas compatible, puisqu'elle n'est pas vraiment sa sœur, il se met à la recherche d'un nouveau donneur. Et ce donneur, ce sera Jimmy ce frère dont il vient d'apprendre l'existence (on le voit dans la BA).
Je n'en dirai pas plus sur le scénario, je vous ai juste résumé les quinze premières minutes. Alors ne vous attendez pas à de grandes révélations ou autres retournements de situations, globalement ça reste très classique dans le genre comédie dramatique et musicale à la française. Ceci dit ça fonctionne, on ne s'ennuie pas une seule seconde et le duo d'acteurs têtes d'affiche est très attachant. L'émotion passe à travers la musique et ce mélange des genres, la fanfare (des reprises de Charles Aznavour ou de Sardou) et la musique classique (de Verdi au Boléro de Ravel). Toujours est-il que les deux frangins sont fans de Jazz et de Dalida qui voulait mourir sur scène ...
Tout le concept du film repose sur ça, sur la question de savoir si la greffe de moelle osseuse va fonctionner ou si Thibaut va mourir sur scène comme son idole ?
La mise en scène est très posée, proche du regard de Benjamin Lavernhe et de Pierre Lottin, pour mettre en avant le jeu des acteurs et les émotions. Et comme déjà dit, c'est le portrait de deux personnages que tout oppose. Ainsi, Benjamin Lavernhe qui interprète un grand chef d'orchestre, a un jeu plus minimaliste, plus subtil, avec des gestes précis. A contrario, Pierre Lottin qui interprète un simple tromboniste de fanfare, a un jeu plus brute et brutal. Toujours est-il que l'alchimie est parfaite entre les deux acteurs/frangins qui n'étaient pas destinés à se rencontrer un jour. Le scénario monte crescendo et ça s'accélère furieusement sur la fin, jusqu'à son dernier mouvement bouleversant ...
Finalement, la greffe ne fonctionne pas et on voit le dernier concert de Thibaut qui se termine sur un récital du frère au balcon du théâtre pour un dernier hommage/adieu émouvant.
Mais rassurez-vous, En Fanfare ça reste une comédie. Il y a plusieurs scènes drôles, comme celle de leur rencontre qu'on aperçoit dans la BA ou celle de la virée en voiture et la nuit de biture qui s'ensuit. C'est drôle, c'est tendre et c'est aussi un film social. C'est d'ailleurs le seul petit défaut du film, l'aspect social qui est un peu maladroit. Le réalisateur a voulu aborder les difficultés des travailleurs dans le Nord avec le licenciement des mineurs de Lallaing suivi d'une grève sociale. On a aussi l'opposition sociale entre la famille de Jimmy qui vit simplement et la famille de bourgeois de Thibaut ... et les plus heureux ne sont pas ceux qu'on pense au premier abord. Bon, tout ça c'est bien gentil, mais on y croit pas trop et ces passages cassent le rythme du film, je trouve. L'intrigue aurait dû se focaliser sur la musique et la relation entre les deux frères, l'un qui est bien né et l'autre pas.
Bref, En Fanfare est une bonne surprise me concernant, dans la veine du cinéma social britannique à la Ken Loach (toute proportion gardée). C'est bien écrit, c'est touchant et assez drôle par moments. C'est en fait ce que j'appelle un bon feel-good movie, qui vous laisse avec un sourire aux lèvres. Il y a des bons sentiments, deux acteurs à l'unissons et je regrette juste une pointe pathos en trop.