Enfin pris? Pas tant que ça
Dernier documentaire du triptyque dédié à la télévision par Pierre Carles (avec "pas vu pas pris", et "la sociologie est un sport de combat").
Il démarre comme d'habitude par Pierre Carles qui se met en scène, recevant un appel de Daniel Schneiderman, pour faire une émission avec Pierre Bourdieu, le sociologue (héros du documentaire précédent). C'est à l'époque où Arrêt sur Images passe encore à la télé.
Et de là, On nous retrace toute l'évolution de Schneiderman, et ses débats avec Bourdieu.
Tout le film, et même le tryptique, pourrait se résumer en un simple "la télévision est incapable de se critiquer elle même". Ce média, vendu comme universel et global, est bourré de non-dits, de censures et de limites, à cause des besoins d'audimats, de s'adresser au plus grand monde (et donc on évite les monologues longuets de sociologues, aussi intéressants soient ils), et des collusions avec les grandes corporations, et les gouvernements successifs...
Bon, certes.
Sauf que le documentaire vire au lynchage de Schneiderman. Cela semble être une habitude pour Pierre Carles, il prend un exemple pour tirer une généralité. Du coup, "le système médiatique" devient Daniel Schneiderman, présentateur d'Arrêt sur Images, annonçant qu'il peut critiquer la télévision, et se vantant de ne pas être un présentateur vedette (des restes de son passé de journaliste du Monde), et de l'autre, Pierre Bourdieu, sociologue travaillant beaucoup sur les médias, mais se méfiant de plus en plus de la télévision à force de se faire bousculer sur les plateaux (et d'être incapable d'expliquer ses idées en 30 secondes, entre les jingles et la pub).
Alors on nous expose les premières apparitions de Schneiderman, celles de Bourdieu... Et le documentaire se clot sur un passage ridicule où Pierre Carles montre des vieilles interviews de Schneiderman à un psychanalyste (parlant comme un Maître Yoda franchouillard, d'une voix suraigüe), pour "comprendre" ce personnage.
Et c'est typiquement ce qui gêne, dans ce documentaire. Outre le fait qu'on ne traite au final que de conflits de personnalités, la fin suggère même que Pierre Carles aurait une sorte de rancoeur envers Schneiderman. Ils ont eu un début assez similaire, et partageaient les mêmes aspirations. L'un est maintenant sur liste noire des télévisions, et l'autre anime une émission "doucement subversive".
Alors il n'est pas étonnant que Schneiderman se soit senti piégé. Sa seule participation "active" est son appel téléphonique à Pierre Carles, et le pauvre se fait même psychanalysé à son insu.
Donc oui, c'est sûr, il est intéressant de voir les contradictions de Daniel Schneiderman, disant pouvoir tout dire et critiquer la télévision librement, et qui se fait ensuite mielleux quand Jean Marie Messier vient à son plateau. N'empêche que la méthode utilisée est peu honnête, très subjective. Et puis au final, ça reste qu'une poignée d'égos froissés...