C’est une démarche bien étrange que nous offre Renzo Martens avec Enjoy Poverty. Dans son long-métrage, le journaliste filme caméra à l’épaule son voyage au Congo durant deux ans. A travers son voyage, il rencontre les peuples les plus démunis dont la seule ressource financière provient des plantations d’huile de palme. Au départ observateur, Renzo Martens interroge le pourquoi du comment. Pourquoi malgré un marché aussi lucratif, les employés des plantations demeurent pauvres, le tout menant au constat bien triste de la malnutrition infantile.
Car c’est véritablement sur ce sujet que Renzo Martens va s’appuyer dans son long-métrage, ces jeunes enfants qui meurent de mal nutrition à cause de la pauvreté. Et sans concession, il va observer, il va filmer et surtout, il va montrer la pauvreté.
Mais derrière cette simple exposition des faits, de nombreuses questions ruminent dans l’esprit du réalisateur, des réflexions qu’il va par la suite partager à la caméra. Et c’est là où le bât blesse et que la démarche d’Enjoy Poverty devient brinquebalante. Renzo Martens ne devient plus qu’un simple transmetteur, il s’improvise petit à petit acteur jusqu’à faire de lui-même, le héros de son propre film.
Renzo Martens va alors faire quelque chose que très peu de journalistes se permettent : il va agir, il va aider. Martens s’improvise alors professeur de photographie, diffuseur de bonne parole en exposant ses néons lumineux sur lesquels on peut lire « Enjoy please Poverty ». Mais sans s’en rendre compte, Martens va également devenir moralisateur envers les personnes qu’il tente justement d’aider.
En agissant ainsi, le réalisateur se retrouve face à ses propres contradictions et l’image qu’il renvoie de lui-même devient de plus en plus complexe. Effectivement, Martens agit, il accompagne les congolais pour les aider et il continue d’exposer les faits au monde entier pour que la situation s’améliore. Cependant, il est difficile de nier qu’il devient de plus en plus outrecuidant au fil du long-métrage. Ce qui devait être un film dans lequel il se montre compatissant et à l’écoute des sujets filmés devient une œuvre prétentieuse sur un réalisateur qui se montre bien trop (jusqu’à faire une scène uniquement sur lui qui chante).
Dommage, car le sujet est pourtant important et certains extraits choquent et donnent envie d’agir (comme ce cadavre d’enfant gisant dans la forêt). Mais la démarche est corrompue par son réalisateur trop désireux de se mettre en avant, délaissant les personnes qu’il voulait justement aider et donc, son sujet. On retrouve un peu de Michael Moore dans Renzo Martens, mais Moore lui, arrivait à faire rire et se rendre quelque peu attachant dans ses documentaires malgré son égo. Ce n’est clairement pas le cas de Martens.