Alex et Milena vivent une passion. Milena est une jeune femme libre et volubile, lui un psychanalyste solitaire et taciturne. On ne sait pas grand chose du passé des personnages si ce n'est qu'elle a été mariée à un homme plus âgé. Au début du film on voit Milena à l'hôpital, proche de la mort. On essaie de la sauver. Un inspecteur, Harvey Keitel, enquête sur ce qui est arrivé à la jeune femme. Le film est constitué de flash back. Ils apportent un rythme particulier à cette enquête permettant de reconstituer comme dans une scène de crimes le pourquoi du comment on en est arrivée à ce qu'une jeune femme soit entre la vie et la mort.
Milena est la jeune femme à la broche : plusieurs gros plans sont faits sur ce bijou qu'elle porte à la poitrine. Contrairement à la bague, l'alliance qu'elle rend au début du film à son ancien époux, la broche symbolise l'indépendance, la liberté, ce que Milena représente. Elle est la femme de l'extérieur : des nuits de fête arrosées, des amours libres, de la lumière aussi (sa blondeur...) qui l'irradie sur la très belle affiche du film.
Alex lui a se tic de mettre sa main dans les cheveux et de tourner ses boucles autour de ses doigts. Il tergiverse, il rumine, c'est un cérébral, un homme de savoir, professeur de faculté. Sa mise élégante (costumes trois pièces et imper Burberry) révèle une certain classicisme. Il peut paraître même un peu gris, un peu morne à côté de sa compagne qui est toute en coiffures, en couleurs et en styles vestimentaires variés.
Vous l'aurez compris le contraste entre les amants est saisissant. Milena échappe à ce qui la retient, Alex lui l'enregistre en cachette et conserve les enregistrements. Il s'obstine à vouloir faire duo avec Milena, alors qu'elle se diffracte en une multiplicité de possibles : la décoration très hétéroclite de son intérieur en témoigne, tout comme son ivresse fréquente qui la rend changeante, mobile, plurielle.
Elle est en pas de course, en corps qui se tord, convulse, s'affale. Lui a la rigidité (et la blancheur) d'un coton tige. Elle créée le lien avec des tiers (scène au Maroc dans la voiture), lui paraît d'avantage en recherche d'une relation exclusive où les autres n'ont pas leur place (au Maroc toujours il se retrouve par la force des choses à l'arrière de la voiture comme isolé des autres).
Si Milena met sa vie en danger et à la blancheur du cadavre sur la table d'opération, elle est pourtant du côté de la vie, de l'ouverture aux autres.
C'est quand Alex possède Milena qu'il lui répète qu'il aime. C'est quand elle est inconsciente, vulnérable, et comme à lui qu'il exprime son amour. Il a donc besoin d'un sujet qui soit en état de passivité. Mis à nu littéralement et qui pâtisse.
La fin est révélatrice du chemin parcouru par les personnages après la rupture. Milena et Alex se croisent à NYC. Elle entre dans un hôtel et il monte dans un taxi. Il prononce son nom comme dernier signe d'attachement, elle reste de marbre, le regarde puis passe la main sur son cou cicatrisé : ultime trace dans la chair de leur histoire. Il la nomme, elle, rappelle par son geste, donc par le corps, la passion qui les a unis : avant tout une histoire de corps.
Pour moi ce film est l'anti "Passion simple" adapté du roman de Annie Erneaux. Il s'agit dans les deux cas d'histoires passionnelles entre un homme et une femme. Cependant la comparaison s'arrête là. Si "Bad Timing" est dans l'excès, le drame, les cris et les larmes, "Passion simple" présente quant à lui la complexité de l'amour passion de manière moins grandiloquente, dans une économie d'effet, sans effusion et scènes de ménage à la clef. Il rappelle ainsi de manière presque pudique que les passions peuvent être des histoires d'amour.