C'est devant ce genre de film qu'on se rend compte que le cinéma a quelque chose à apporter à l'art en général, dans le domaine de la photographie et de la narration.
Que l'on se méprenne pas : je ne dis pas que Etats de choc est un film parfait, je dis qu'il est capable, par moment de toucher quelque chose de parfait.
Ce film ne fait rien d'autre que de montrer les destins croisés de quatre personnages : Forest Whitaker, Brendan Fraser, Sarah Michelle Gellar et Kevin Bacon. On a le droit à une parenthèse, dans la vie de ces quatre personnages, parenthèse dans laquelle les trois autres vont venir s'immiscer de gré ou de force, consciemment ou inconsciemment dans la vie du dernier. C'est poétique, et quand c'est bien fait, un effet mythologique s'en dégage.
Et ici, c'est très bien fait, car c'est fait avec douceur, avec retenue. On en oublie parfois certaines parenthèses qui viennent se refermer directement sur la précédente, le film agissant comme une Moire coupant le fil du destin. Et par moment, à de rares occasions, on a l'impression d'être devant le rejeton de Magnolia, avec peut-être plus de modestie dans l'écriture.
Car la modestie est omniprésente. Ces parenthèses en effet n'en font pas des caisses. Les personnages sont rarement les maîtres de ces tranches de destinée. Ils subissent, parfois avec colère, parfois avec ignorance, parfois avec sagesse. On retrouve cette modestie dans les saynettes (celle de Whitetaker notamment), dans le jeu d'acteur, comme celui tout en maîtrise de regard et de silence de Brendan Fraser, ou dans la photographie, parfois magistrale, comme à nouveau, avec Brendan Fraser ou l'image n'est plus qu'en noir et blanc pour en faire ressortir le bleu de ses yeux, un bleu presque paranormal.
On ne peut finalement reprocher à ce film que quelques longueurs, il faut l'avouer. Et peut-être aussi sa seule prétention : vouloir illustrer un dicton chinois qui, à la fin, se retrouve complètement oublié. Ce qui peut faire penser à un manque de préparation. C'est dommage.