Une nouvelle mouture honnête qui rachète ses errements par une efficacité brute
Ta petite sœur se fait violer en enfer
Une fratrie endeuillée par les affres de l’addiction se retire en une cabane forestière isolée afin d’y sevrer, contre son gré, une sœur cadette rongée par le poison, mais y réveille par mégarde une entité chthonienne et vorace qui, se repaissant de leur détresse, précipite leur odyssée sanguinaire vers une possession démoniaque aussi implacable qu’irrémédiable.
J’enterrai ces chats plus tard
I. L’entreprise mercantile du remake : un pari à double tranchant
Il sied d’abord de reconnaître, sans ambages aucun, que l’exercice périlleux consistant à reforger un classique révéré recèle des avantages pécuniaires que nul ne saurait ingénument nier — l’exploitation d’un patrimoine déjà éprouvé constituant, pour tout studio, une valeur sûre autrement plus rassurante que l’aventure d’une création inédite. Ce calcul mercantile, s’il comble aisément les gérants de caisses, s’accompagne néanmoins du risque tangible de décontenancer les puristes, gardiens jaloux d’une œuvre originelle dont la truculence demeure gravée dans leur mémoire cinéphile.
II. Un déferlement d’hémoglobine qui comblera les amateurs de trash
L’on saluera néanmoins, sans réserve excessive, la munificence avec laquelle le cinéaste déploie son arsenal gore, porté ici à un paroxysme rarement égalé dans la production contemporaine — la séquence de l’automutilation par voie de rasoir demeurant, à cet égard, un morceau de bravoure d’une crudité mémorable. Ce métrage, en dépit de ses imperfections que l’on détaillera plus avant, surpasse aisément la cohorte de productions horrifiques fadasses qui encombrent nos écrans, constituant ainsi une refonte d’une efficacité redoutable, dénué de toute mollesse dans son exécution.
III. Mia et l’assuétude : un prétexte scénaristique enfin crédible
Il convient d’encenser, avec une attention particulière, l’ingéniosité du dispositif narratif retenu pour justifier la réclusion de cette bande de jeunes gens dans une cabane isolée — prétexte, du reste, autrement moins spécieux que ceux auxquels le genre nous avait accoutumés. Le sevrage douloureux de l’héroïne, rongée par quelque toxicomanie funeste, offre un parallélisme saisissant avec la possession démoniaque qui s’ensuit : les tremblements convulsifs du manque, les hallucinations qui l’assaillent, la métamorphose de sa personnalité sous l’empire du sevrage — autant de motifs qui ancrent le récit fantastique dans une réalité tangible et charnelle, appréciable entre toutes. L’on goûtera également cette fausse piste maligne, distillée avec parcimonie, laissant accroire que la jeune femme ne serait victime que d’un délire, brouillant ainsi savamment la frontière entre le réel et le surnaturel — idée de génie, hélas, dont le potentiel demeurera par la suite en friche, faute d’exploitation véritable.
IV. Une violence viscérale qui ne connaît nulle retenue
Le niveau de brutalité organique répandu tout au long de la pellicule atteint des sommets d’intensité proprement éprouvants, sans que le réalisateur uruguayen ne cède jamais à quelque pudibonderie ou à quelque tempérance dans la représentation du supplice infligé aux corps.
V. Une trahison de la quintessence originelle
C’est toutefois là que le bât blesse le plus douloureusement : l’ouvrage bafoue, dans une large mesure, l’essence même qui faisait la substantifique moelle de l’œuvre fondatrice — à savoir des effusions sanguinolentes ouvertement absurdes, conjuguées à un humour ténébreux mais constamment mordant. Privé de la faconde truculente de l’histrion Bruce Campbell dont la présence charismatique irriguait jadis chaque plan, cette se rabat sur les archétypes les plus éculés du genre — la jeune coterie prenant, dans la cabane funeste, des résolutions d’une inconséquence affligeante —, tandis que les personnages secondaires, taillés à la serpe et dépourvus d’aspérités véritables, peinent à susciter la moindre empathie chez le spectateur.
VI. Une production encore effrayante, mais singulièrement assagie dans sa démence
En définitive, cette resucée démoniaque demeure une entreprise capable d’instiller un effroi tangible chez le spectateur, mais il a troqué, dans cette opération, la folie jubilatoire et l’exubérance déraisonnable qui faisaient jadis tout le sel de la saga contre une gravité plus univoque, plus sage — sacrifice dont on peine à se consoler pleinement.
Embrasse-moi, salope