Bienvenu dans le foutraque : ici tout est approximatif : le scénario, la photographie, les acteurs… C’est une expérience définitive de l’horreur épuisante qui a bouleversé à jamais l’histoire de l’horreur gore.
Tout sauf la mise en scène et la débrouille. Avec deux francs six sous, Sam Raimi nous pond un film référence de l’horreur, avec des effets spéciaux bricolés on set.
Le coup de génie de ce film, clin d’œil aux canons de l’horreur, est d’avoir fait de la caméra un personnage à part entière du film. Nombreux cadrages sont faits depuis des endroits insolites, donnant vie à l’œil.
On assiste à un RETOUR DES MORTS VIVANTS vu par Tex Avery (ce qui sera encore plus flagrant dans la suite). Le fantastique plan signature avec cette caméra steadycam prenant la place du démon et se faufilant dans les bois et dans la maison est celui qui marque les esprits. Raimi fait de la caméra un personnage à part entière : elle est interaction avec le décor, elle scrute les futures victimes depuis des endroits incongrus, comme l’intérieur d’une pendule, elle poursuit les personnages dans les bois.
Sam Raimi, comme il le fera plus tard avec Alison Lohman dans JUSQU’EN ENFER, se sert de Bruce Campbell (son alter ego acteur) comme d’un défouloir. Il prend des coups, est aspergé de sang, d’autres liquides…Il est la victime toute trouvée de ce festival. Il est tellement insipide (volontairement) que l’on a rarement peur pour lui, pire, on arrive presque à se réjouir à le voir souffrir. Raimi nous balance du gore organique, et l’assume (yeux crevés, crayon planté dans des tendons, viol par des branches).
Comme souvent chez lui, on est en présence de personnage toujours en équilibre entre le désir légitime de se venger ou de juste se défendre (témoin, la belle scène dans la cabane où Ash hésite à découper sa petite amie). En dépit de tout cela, Raimi aime nous montrer les relations amoureuses entre les personnages, accentuées par un thème musical récurent.
Malgré le temps et des effets un peu datés, ce film reste jouissif à chaque revisionnage, et garde son côté excitant. Comme quand on allait le chercher au vidéo club pour mater et remater la VHS jusqu’à usure.
Les monstres ne sont ni des zombis ni des fantômes, ils appartiennent viscéralement aux films de Raimi, où ils obéissent à leur propre code.
Sam Raimi a assimilé Friedkin, Craven, Romero, De Palma, et y intègre Cocteau et Tex Avery, pour notre plus grand plaisir.