1981. Sam Raimi, jeune réalisateur de 22 ans s’apprête à sortir son premier long métrage tourné avec ses potes pour un budget tellement ridicule, qu’il ne couvrirait pas les frais en escortes de Steven Seagal pour une semaine. Le monde est sur le point de se prendre une grande baffe assénée par un petit malin. Regardons ça de plus près.
5 jeunes vont passer le pire séjour possible dans une cabane dans les bois aux prises d’une entité diabolique. Simple, en apparence. Les jeunes sont des jeunes. Insouciants, pris d’élans de courages et de moments de couardise crasse, amoureux pour certains, plein de convictions pour d’autres, ils réussissent ce que beaucoup de productions horrifiques ont lamentablement échoué : on ne souhaite pas leurs morts comme dans un banal slasher où le croque mitaine serait attendu tel le messie pour occire une jeunesse décadente. Des finances serrées et un tournage express (initialement 6 semaines de prévues) vont ainsi pousser Raimi à poser sa menace dès les premiers instants, la caméra devenant une extension du mal avec un des célèbres plans en vue subjective partant du centre d’un lac (bouillonnant par endroit tel le chaudron d’une sorcière) pour aller jusqu’à la fameuse cabane. Si les premières manifestations sont des tropes du genre , une pancarte heurtant le mur jusqu’à ce que la volonté des futurs victimes de pénétrer dans le lieu maudit soit établit, ceux-ci vont muter pour étoffer le lore de la saga en gestation. Dans une séquence hallucinée où la caméra devient aussi erratique qu’un speedy gonzalez sous champignons, le personnage de Cheryl va se mettre à dessiner un des éléments les plus emblématiques tandis qu’une voix d’une autre galaxie (je me trompe c’est Capitaine Flam ça) semble s’élever dans la forêt. L’objet en question : le naturum demonto plus connu sous le doux nom de necronomicon. La porte de la cave va alors s’ouvrir tel un diable sortant de sa boite et c’est parti pour un train fantôme direction les enfers.
Comme on peut le voir, Sam et sa bande ne laissent rien au hasard, chaque petite détail étant vouée à jouer un rôle dans cet Opéra de la terreur. L’ apparence est particulièrement dérangeante avec sa reliure en peau humaine et son écriture soignée. Les personnages ne savent pas le déchiffrer ? Pas grave, l’archéologue l’ayant découvert en fera une lecture des plus lugubres. A cet instant le déchainement des forces occultes ne cessera jamais, la première victime subissant une agression toujours aussi dérangeante malgré le poids des années.
Car parlons en des 45 ans qui sépare mes mots de la première aventure de Ash. Alors oui certains effets pratiques ont vieilli, notamment les maquillages et animations du final, il convient de garder l’âge du film et surtout les moyens ultra limités du métrage obligeant l’équipe à déployer des trésors d’ingéniosité, le plan d’ouverture étant obtenu à l’aide de Bruce Campbell qui portait le réalisateur sur ses épaules ou encore la cave qui était en fait celle des parents de Robert Tappert le producteur. Ces quelques exemples ne sont qu’un échantillon de ce tournage qui aura finalement vu sa durée augmenter exponentiellement.
Quand bien même, le sérieux employé, car point de gaudriole dans ce premier opus, le machiavélisme du démon à la cruauté sans borne, l’imagerie toujours marquante et parfois héritée de classiques (cette ombre venant cacher la lune rappelant le mal contaminant les victimes) et surtout l’indéfectible foi de Sam Raimi font que l’horreur se fait toujours ressentir.
Je vous conjure de voir ce classique si ce n’est toujours pas le cas, de le revoir si vous l’avez déjà vu, d’essayer de se remettre dans le contexte de l’époque pour apprécier au mieux ce film qui aura été un choc lors de sa présentation au marché du film du festival de Cannes en 1982, le public finissant soufflé par la cruauté et la folie de sa réalisation. Et la plus belle pub qu’aura eu le film aura été un article absolument élogieux écrit par Stephen King lui même. Hail to the King baby !!!!!