Une renaissance qui trouve enfin l'équilibre perdu

On se mate tous les Freddy. Même les pourris

Une fratrie, cloîtrée dans un immeuble décrépit au cœur d'une mégapole, voit ses liens sororaux corrompus par la résurgence d'une entité chthonienne, laquelle possède la matriarche et la métamorphose en une créature vorace et maternante-dévorante, contraignant ses propres rejetons à guerroyer contre la chair qui les enfanta pour échapper à une extermination familiale aussi macabre qu'implacable.

Ouvre la porte comme tu écartes les jambes

I. Une synthèse habile des deux tendances de la saga

Il sied d'abord de saluer, avec une admiration non feinte, la sagacité dont fait montre le cinéaste en parvenant à concilier, dans un même geste créatif, les deux tempéraments jusqu'alors antagonistes qui caractérisaient cette franchise vénérable : d'une part, la truculence bouffonne héritée des origines, et d'autre part, la gravité implacable et sans concession qu'avait imposée le précédent artisan de la saga. Là où ce dernier avait privilégié, en 2013, une noirceur presque monolithique, dépourvue de tout relâchement comique, le nouveau réalisateur réintroduit avec bonheur cette pointe d'humour noir, cette malignité jubilatoire qui faisait jadis tout le sel de l'œuvre fondatrice — dosage subtil qui rachète les excès respectifs de ses devanciers.


II. Un déplacement géographique salutaire

L'on applaudira tout particulièrement l'outrecuidance consistant à abandonner la cabane sylvestre, décor immémorial et quelque peu éculé de la franchise, au profit d'un immeuble délabré niché au cœur de Los Angeles. Ce changement de cadre insuffle à l'ensemble une claustrophobie renouvelée, autrement plus oppressante que celle, désormais familière, qu'inspirait la forêt originelle — l'urbanité même du décor accentuant, par contraste, l'horreur qui s'y déroule.


III. Une prodigalité sanguinolente qui ne déçoit point

Quant à la munificence de l'hémoglobine versée tout au long du métrage, elle demeure fidèle à l'héritage de la saga, ne lésinant jamais sur l'effusion viscérale lorsque le récit l'exige.


IV. Un enfermement paradoxal d'une redoutable efficacité

Le dispositif narratif retenu s'avère d'une ingéniosité remarquable : cet immeuble, promis à une démolition prochaine, se voit soudain transformé, par la grâce d'un séisme qui prive les lieux d'électricité et pulvérise l'escalier de secours, en un tombeau hermétique — mutation d'un espace urbain grouillant de vie en une geôle sans échappatoire. Cette sensation d'étouffement se trouve encore exacerbée par le fait que la menace, loin de provenir de quelque extérieur hostile, surgit du cœur même du foyer familial.


V. La maternité corrompue jusqu'en ses fondements

La pellicule s'aventure avec une intrépidité certaine sur le terrain scabreux de la figure maternelle dévoyée, explorant ce tabou avec une frontalité rare : la possession démoniaque ne vise point ici la seule extermination physique, mais bien la destruction méthodique du lien de confiance unissant une mère à sa progéniture. L'actrice incarnant cette génitrice possédée compose une menace d'un sadisme calculé, empruntant la voix et l'apparence maternelles pour mieux instiller, chez ses propres enfants, une terreur psychologique d'une perversité insidieuse.


VI. Une interprétation qui hante durablement la mémoire

Il convient, pour conclure, de rendre un hommage appuyé à la prestation de l'histrionne principale Alyssa Sutherland, dont l'incarnation de cette mère possédée relève d'une fascination proprement hypnotique. Son jeu corporel, effroyable et ouvertement sadique dans son exécution, apporte à chaque scène de tension une intensité redoutable, faisant d'elle l'authentique pilier dramatique de cette renaissance réussie.


Trilaw
8
Écrit par

Créée

le 7 juin 2023

Modifiée

il y a 7 heures

Critique lue 33 fois

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