Aller au cinéma sans trop savoir ce qu'on va voir, c'est préparer ses sens et son esprit à recevoir pleinement un film, sans jugement préalable, et c'est prendre le risque d'être surpris, que ce soit dans le bon ou le mauvais sens. Si je n'avais lu qu'un synopsis avant d'aller voir Evolution, j'ai eu la chance de l'oublier dans les semaines suivante, et d'arriver dans la salle comme vierge de toute information sur le film.
Et quel choc! Trois segments de films, chacun tourné en plan séquence acrobatique, qui raconte comme le traumatisme de l'holocauste s'est transmis à travers trois générations d'une famille juive. Le film surprend par sa manière de jouer avec les genres, radicalement différents selon les histoires, et la première pourrait presque faire penser à du Tarkovsky dans la manière d'aller chercher l'indiscible, l'horreur dans une forme de fantastique, alors que l'on parle ici d'un fait réel atroce. Evolution est parcouru d'instants de bravoure cinématographique, que ce soit dans l'horreur totale de la guerre ou dans l'histoire d'amour adorable et simple de deux pré-ados du Berlin contemporain qui ne veulent rien d'autre que vivre leur jeunesse. Et même si le deuxième segment du film a ses longueurs, sa fin rattrape le reste à mes yeux, et il s'agit peut être de la partie la plus importante en ce qui concerne le propos du film.
Car je vous parle de forme, mais lorsqu'on traite un tel sujet, il faut aller chercher le réel, les nuances dans la confrontation, les conflits familiaux qui perdurent même 80 ans après l'horreur. Et c'est là où le film s'illustre le plus : si la première partie est purement horrifique, les deux autres nous parlent assez explicitement des marques qu'a laissé l'holocauste sur cette famille, du trauma de la première génération contre le besoin de s'assumer de la deuxième, et du combat de la deuxième pour transmettre sa mémoire à la troisième, qui aimerait juste passer à autre chose. Chaque point de vue se comprend, se complète, et personne ne se blâme, le trauma est différent pour chacun. Le troisième segment nous rappelle d'ailleurs, dans une dénonciation amère, que l'antisémitisme existe même aujourd'hui, même au coeur de Berlin, et que les instances scolaires comme les élèves concernés semblent en faire un gigantesque déni.
Evolution c'est donc un film réussit en presque tout point, qui parvient à rester pertinent sur un sujet aussi éculé que la seconde guerre mondiale et ses conséquence, en prenant à bras le corps la question épineuse mais passionnante du traumatisme des victimes et de ce qu'ils leur reste.