Il y a certaines notoriétés dont la légitimité continue de m'échapper.

Je fus de ces adolescents de province qui, une fois entrés dans les "cavernes d'Ali Baba" que constituaient jadis les vidéos-clubs, pouvaient passer de longues heures à fantasmer devant les centaines de jaquettes de VHS jusqu'au fatidique moment où il fallait lâcher ses 25 francs pour une location de week-end.

"Exterminator" faisait partie de ces jaquettes mystérieuses qui vendent de l'interdit et du choc bon marché : une promesse de spectacle underground hardcore, de violence débridée comme un comics, et d'atmosphère poisseuse. Tout ce que ce film n'est pas vraiment, il faut le reconnaître.


Pour les quelques découvertes de génie que furent "Evil dead", "Maniac" ou "Massacre à la tronçonneuse", combien de navets ai-je eu à me fader ? (la cinéphilie est un travail épuisant).

En ce qui me concerne, "Exterminator" n'a pas fait partie de ces découvertes que l'on fait à un âge où l'on se montre très conciliant. C'est une fois atteint un esprit critique plus aiguisé qu'il m'a été donné de le voir pour la première fois... et je suis tombé de haut.

Qu'aurait été mon rapport à ce film, à ma cinéphilie, si je l'avais vu entre 12 et 17 ans ?

De la nostalgie, certainement.


Découvert aujourd'hui, exit la nostalgie, je n'en remarque que les défauts, et dieu sait qu'il les accumule : interprétation dans les choux, montage à la truelle, écriture indigente, scénario remplissage, love story à côté de la plaque (on se demande ce que Samantha Eggar est venue faire dans cette galère)... On ne peut pas être conciliant avec ce film, même tenant compte de l'époque, du contexte, du budget ou si l'on est mus par une passion immodérée pour un certain cinéma d'exploitation.

A trop vouloir mélanger les genres en vogue à l'époque (vigilante et revenge movie, namsploitation, polar urbain), le film se prend les pieds dans le tapis et finit par ne plus ressembler à grand-chose.

Car en plus d'être un fourre-tout mal branlé, ce truc est ennuyeux et plutôt anémique côté action, ce qui est un comble pour ce type de marchandise.

Fans de "vigilante movies", continuez de vous pâmer devant le "Vigilante" de Lustig, ou le premier "Death wish" qui sont autrement mieux foutus que ce truc-là. Idem pour les fans de "Namsploitation" : tournez-vous vers d'autres films sous peine d'être déçus.


Pour éviter de conclure sur une note exclusivement négative, évoquons le côté positif de ce film : les nombreux (mais trop courts) plans tournés en extérieur constituent un témoignage visuel rare de ce que fut la ville de New York de ces années-là, et notamment de tout ce qui gravite autour de la "légendaire" 42e rue (qui n'a plus rien à voir aujourd'hui avec ce qu'elle fut à cette époque). Quartiers entiers en cours de démolition dont certains immeubles semblent squattés, saleté, insalubrité, prostitution, économie du sexe, décadence à tous les coins de rue : un véritable cauchemar urbain moderne.


A voir pour : témoignage surprenant d'une New York désormais disparue ; le policier qui grille une saucisse par électrolyse (?) ; la séquence pré-générique "what-the-fuck" qui se déroule au "Vietnam" (on dirait un "Namsploitation" tourné par des italiens !) ; le mafieux au-dessus du broyeur à viande géant ; le type physique et vestimentaire des voyous qui en deviennent hyper caricaturaux.

Sycorax
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le 31 déc. 2025

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