C’est parti de ma lecture du Jour des Fourmis. Il y était fait référence à l’expérience de Didier DESOR sur des rats montrant comment dans un groupe de 6 rats il retrouvait quasi-systématiquement une dynamique de 3 « transporteurs » de nourriture et de 3 « voleurs » de nourriture.

Je voulais juste m’en faire un mémo parce que c’était sympa et en vérifiant ça pour en savoir plus je suis tombée sur un documentaire explicitant l’expérience, la montrant et ouvrant des questions sur les implications que ça pourrait avoir.



Partie sur l’expérience principale :

6 rats sont mis dans une boîte.

Environ trois premières étapes successives dans lesquelles elles devront aller chercher de la nourriture à l’autre bout de la boîte avec chaque fois le niveau de l’eau qui augmente.

A la dernière étape elles devront carrément faire de l’apnée pour atteindre la nourriture avant de revenir. C’est à cette étape qu’une formation naturelle revient : 3 même rats font la traversée pour rapporter de la nourriture ; 3 rats ne traversent jamais mais volent ce que les « transporteurs » ont ramené.

Trop stylé.



Partie sur le regard de différentes disciplines universitaires sur l’expérience :

(Ca va être du trashtalk) L’idée était bonne, posé dans une cafétéria de l’université à discuter avec des doctorants en biologie, en psychologie ou en philosophie mais ton statut ne valide pas d’office tes propos.

Je me sens un peu méchante de le relever mais j’ai trouvé cette partie quasi inutile, les étudiants doctorants n’apportaient rien ça m’a agacée. Je crois que leur façon docte (justement) de parler comme si c’était très profond et très intelligent m’a irritée et vu que le contenu de leur propos n’était pas à la hauteur de l’image qu’ils voulaient se donner c’était trop tentant de le souligner et cracher mon venin. C’est gratuit. En plus on a Philippe Thomine, le réalisateur qui sert de pont avec le spectateur pour expliciter et questionner qui était super sympathique, doux et agréable et qui les accompagnait gentiment pour les encourager dans leur réflexion. IRL je les aurais peut-être soutenus comme ça mais là je suis derrière mon écran.


Concrètement :


  • le doctorant en philosophie :

Bien pompeux pour tant de vacuité. J’adore les réflexions philosophiques mais en vrai j’y ai toujours été nulle et il représente ma vision de la matière. Il te balance des considérations et des références à des courants et des noms qui n’apportent rien aux questionnements. Ouais Darwin, y a des espèces qui en surpassent d’autres et les autres disparaissent. Mdr super et ? Va voir la dame de la cantine pour avoir ton dessert.



  • la doctorante en psychologie :

Prompte à poser des mots sans aucune vision. Elle attend qu’on valide des diagnostics gratuits pour savoir comment penser et tout expliquer. Faut un concept de domination, de stress, peut-être TDAH avec un peu de chance pour les rats nageurs. Oui et ? Pas de réponses non plus de ce côté-là, mais ça pourra servir pour une bio Twitter ou Insta j’imagine.



  • les étudiants en biologie :

Pour le coup ils avaient + l’air d’être en position d’étudiants qui se pensent pas + que ce qu’ils ne sont mais j’ai un peu tiqué sur les premières questions qu’ils se posent dans leur « braimstorming » de ce qui pourrait expliquer le comportement des rats. (après le montage a peut-être géré ça comme ça pour suivre un déroulé et évacuer les questions inutiles pour arriver au cœur plus tard avec l’expert en chef).


La première question que la nana pose c’est : est-ce que les rats non-nageurs n’ont pas des handicaps moteurs/sensoriels les empêchant de nager ?

... Je trouve la question inutile. On te dit que dans une expérience avec 6 rats il y en a toujours 3 qui vont nager et pourvoient la nourriture et 3 qui glandent et volent le butin… Franchement, me demander si COMME PAR HASARD y a toujours 3 rats qui sont bénéficiaires du Téléthon n’est pas ce qui me viendrait en premier comme considération. (peut-être qu’ils développent un esprit scientifique où il ne faut évacuer aucune piste et méthodiquement se pencher sur de l’invraisemblable en premier)

Par contre je me dis que cette répartition quasi-systématique des rôles a été acquise plutôt qu’innée. Que ça ne dépend pas de capacité physique (facilité à la nage, handicap) ou mentale (caractère naturellement téméraire ou stressé). Ça peut être totalement faux comme présupposé mais je trouverais ça plus logique donc mes questions seraient :

- Est-ce que les rats viennent d’une même portée ?

- Est-ce qu’ils ont grandi dans les mêmes conditions (même alimentation, même stimulations, mêmes expériences) ;

- Est-ce que dans les premières phases de l’expérience qui leur permettent de se repérer spatialement dans le dispositif les rats qui se sont plus vite appropriés les lieux sont ceux qui se sont avérés être les transporteurs ultimement ? Et si oui, est-ce qu’ils se sont appropriés les lieux plus facilement juste parce qu’ils ont été les premiers à poser le pied dans la boite et donc fatalement les premiers à arriver à la pente dans laquelle il ne peut y en avoir quasi qu’un qui avance de front et donc un qui naturellement se sentira plus à l’aise dans l’espace puisqu’il aura déjà eu cette expérience réussie de voir qu’il peut y aller sans même qu’un autre ait déjà tenté et que tout se passait bien et donc aura été + confiant pour ultimement tenter l’apnée ?

- Est-ce que dans les premières phases de l’expérience l’ordre des rats qui auront trouvé la nourriture reflète quelque chose par rapport à ceux qui seront ultimement les pourvoyeurs ?

- Est-ce que les voleurs dès le départ auront été ceux qui sont les derniers à pouvoir s’essayer à la traversée et qui se disent que vas-y attendre que chacun passe c’est chiant et donc mieux vaut voler ce qu’un autre ramène ?

- Est-ce que quelqu’un qui s’est fait dès le début beaucoup bolossé ses croquettes aura tendance à devenir lui-même voleur ? Ou au contraire deviendra un « autonome » ?


Et si les rôles ont à voir avec « qui le premier a pu »juste à cause du fait que le tuyau ne peut laisser passer qu’à la queue-leu-leu de manière confortable, est-ce que c’est une forme non de vol mais d’ordonnancement logique. Au lieu de tous s’amasser dans le petit tuyau pour passer chacun son tour de manière désorganisée et individuelle, autant qu’un petit groupe se relaie et régale tout le monde. On le vole parce que tout le monde est gagnant c’est du win-win naturel : on mange sans se fatiguer inutilement à tous se relayer dans un couloir étroit et celui qui fait le transport sera obligé d’y retourner s’il veut aussi manger (et il en est capable).

La violence pour le vol sert juste à bien acter les rôles et forcer le schéma. Pourquoi ne pas + se battre pour garder sa croquette ? Parce que le rat a conscience que c’est + de stress et d’énergie dépensée que finalement faire cette longueur de nage pour avoir la sienne propre.


J’aimerais aussi savoir si tous mangent la même quantité quasiment ou si il y a une asymétrie dans la répartition également. Sachant que les nageurs ont fait + d’efforts ils pourraient avoir + faim mais ils sont aussi + occupés. Alors que les glandus qui attendent de récupérer à la première occasion auront eu tout le temps pour manger et attendre la suite donc potentiellement finalement auront mangé +.

Dommage qu’il n’y ait pas de suivi de la consommation proposé dans ce qu’on voit, ni de marquage avant l’ultime étape de l’expérience parce qu’apparemment ce ne serait pas décisif mais je serais bien curieuse de décortiquer tout ça quand même.




Bref du coup avec l’angle de « est-ce que certains sont des handicapés ? » ou « est-ce que certains sont des stressés de la life ? » j’ai eu la sensation qu’ils restaient beaucoup sur la prédestination des rôles. Ce qui est possible dans la mesure où ils n’auraient pas vécu la même vie antérieurement ou n’auraient pas les mêmes caractéristiques génétiques.

Mais en vrai. Ce qui fait ce que nous sommes ce sont nos expériences, notre environnement et les conditions dans lesquelles on se retrouve qui parfois peuvent paraître identiques sans réellement l’être au final. Ce tube qui laisse passer qu’une souris à la fois quasi sans se marcher dessus pour moi c’est capital pour que les premiers descendus fassent le travail et ceux avec le cul encore à moitié dans le « QG » cubique se disent « vas-y pas la peine ils vont devoir remonter on récupérera à ce moment ».



Je me demande aussi si les premiers qui plongent sont pas aussi des proies plus faciles dans la mesure où ils viennent de plonger, reviennent, ont envie de s’essuyer les pattes ou la tête et donc sont condamnés à trouver plus fastidieux de se battre pour manger en même temps que récupérer de la traversée d’où leur choix de « laisser courir » comme nous humains pouvons le faire (faut choisir ses batailles).



Partie sur l’expérience scindée : 6 précédents transporteurs et 6 précédents voleurs


  • les changements de rôles

Le fait qu’il y ait l’expérience dans laquelle 6 transporteurs sont mis ensemble ou 6 voleurs ensemble est intéressant pour voir s’ils resteront tous dans leur rôle précédemment attribué (qu’on croit à la prédestination ou à l’acquis de l’expérience).

Au final, on assiste à nouveau à une répartition avec 3 transporteurs et 3 voleurs à nouveau. Ce qui signifie bien (pour moi) qu’il n’y a pas de prédestination puisque les 6 transporteurs ne sont pas individuellement allés faire la traversée pour se nourrir individuellement et à côté les 6 voleurs n’ont pas attendu jusqu’à ce que mort s’en suive qu’un transporteur « de métier » arrive. Dans chaque groupe, 3 ont changé de rôle pour revenir sur une disposition d’équipe habituelle.

Ce qui signifie bien – ramené à l’espèce humaine – qu’on ne devrait jamais juger trop sévèrement les autres et qu’on peut tous être amenés à faire la même chose si les conditions s’y prêtent et que tout est une question d’adaptation.

Perso ça me conforte dans l’idée qu’on n’a aucun mérite à ce qu’on fait et ce qu’on pense, on n’est que le produit de notre évolution sur laquelle on n’a aucun réel contrôle, on fait ce qui est nécessaire. Les choix même qu’on fait on peut les faire à cause de tout ce qui a déjà marqué notre évolution et ce sera comme ça jusqu’à notre mort.

Par contre le savoir est un pouvoir pour orienter notre évolution. Le fait de l’avoir compris débloque des possibilités favorables dans notre évolution future parce que c’est comprendre l’importance de ce qu’on regarde, ce qu’on écoute, notre entourage, notre environnement et toute autre composante qui nous impactera de près ou de loin et c’est donc pouvoir activement favoriser ce qui nous apporte du positif. Toujours sans réel contrôle mais en pleine conscience.



  • la vitesse d’adaptation

Autre aspect intéressant, on voit bien d’ailleurs que dans cette deuxième expérience les rats voleurs sont plus longs à devenir transporteurs que les transporteurs à devenir voleurs.

Parce que leur évolution a bifurqué par rapport aux transporteurs. Pourtant ils sont tout autant capables et vont tout autant se retrouver dans le même schéma 3 transporteurs/3 toujours voleurs in fine.

Il y a un côté « résignation » plus long à venir un peu. Ou une adaptation qui leur coûte +. Ceux qui avaient l’habitude d’être transporteurs n’étaient pas naturellement plus téméraires mais c’était devenu leur routine. Suffit que les trois premiers y aillent machinalement et c’était lancé.

Alors que selon les schémas que connaissaient les voleurs il fallait attendre que l’un d’entre eux cède pour avoir le beau rôle peu exigeant en effort et affrontement de la peur, du coup ils ont attendu 1h30 environ avant qu’un rat cède à changer pour le rôle qui lui apparaît ingrat.


Je dirais du coup que les plus téméraires (réellement téméraires ou juste les premiers à faire parce que les premiers en avant) auront dans la vie + de chance de se faire niquer par ceux en retrait qui observent et prennent des notes potentiellement. Néanmoins, ils auront + de capacité d’adaptation et de rapidité de réaction parce qu’ils seront moins passifs n’ayant pas l’habitude d’attendre après les autres.



Partie sur l’expérience de la boîte de Skinner :

L’expérimentation évolue avec la boîte de Skinner qui vient confirmer que ce qui est important ce sont les premières interactions et les premières prises en main avec l’environnement. Qui sera le premier ?

Finalement quand les premiers se mettent en action, ça fait quelque chose à observer aux derniers. Donc ils voient quoi ? Qu’en restant en arrière ils arrivent à proximité de la nourriture ramenée par les transporteurs qui sont allés nager. Pourquoi aller tout là-bas alors qu’ils en ont juste là ? Et les premiers qui ont récupéré à la nage et qui se font voler se disent quoi ? Oui bon bah je vois où c’était, j’y retourne je serai actif dans ce qui m’arrive je sais où en récupérer.

Ce qui est intéressant c’est la situation égale qui s’installe. Pourquoi ils n’ont pas laissé un unique pourvoyeur ? Parce que quand le premier revient et que tout le monde lui tombe sur la gueule, t’en auras toujours un qui ne pourra pas se ramener et essayer d’avoir sa part, trop de compétition. Par contre il est encore proche du tube, voire de l’eau d’où est revenu le premier avec sa nourriture donc il va faire de même. Et un troisième.

A voir si en mettant 8 rats on se retrouverait avec une situation de 4/4 aussi ou pas. Le côté combinaison gagnante est intéressant.



Partie sur le rapprochement d’une classe élémentaire :

Quand ils sont allés discuter avec une professeure de classe élémentaire et qu’on voyait une petite fille je-sais-tout insupportable je me suis faite la réflexion : « bah voilà, si tu veux le rôle de la première de la classe, commence par la tuer et y aura un nouveau poste à pourvoir même si de base t’étais moins bon ». Et après je me suis dit, c’est pour ça que c’est inutile dans une certaine mesure la censure. Est-ce que ça n’est pas naturel dans une société qui se structure qu’il y ait des dissidents ? Si, c’est juste un rôle qui va être assumé par quelqu’un et sinon ce sera un vide à combler, ça fait partie de l’hétérogénéité dans un milieu qui crée ces rôles.


Je divague peut-être un peu trop mais il y a un lien même ténu j’en suis persuadée, je dirais même qu’au-delà de ça ça peut être gardé en tête pour garder le pouvoir dans une même formation politique, entrepreunariale (ou que sais-je). Parce qu’au final les voleurs et les transporteurs font partie de la même équipe donc c’est peut-être même d’autant + intéressant en interne pour un mégalo qui veut rester dans son rôle de NUMBER ONE du groupement.

Dans un cadre + chill mais au final peut-être + vicieux du coup, il y a matière à réfléchir pour voir les rôles dans un groupe d’amis si on n’est pas satisfait du rôle qu’on s’est vu attribuer.

C’est peut-être un peu vaseux, je m’arrête là.



Partie sur l’ultime variante :

Le documentaire finit sur une dernière variante : une fois les rôles attribués, les transporteurs sont grassement nourris avant d’être remis en conditions avec leurs « potes » voleurs.

Du coup, de retour dans le lieu de l’expérience ces rats n’ont plus la nécessité de jouer leur rôle puisqu’ils n’ont plus faim et les voleurs sont désemparés, essayent d’en pousser certains à plonger en vain… Les rats voleurs vont-ils devenir transporteurs ? Dommage le documentaire ne le dit pas et s’arrête avant.


CEPENDANT. Admettons qu’elles l’aient fait parce que les transporteurs – repus – n’assurent plus le job. Ça viendrait remettre en cause une théorie évoquée que je trouvais personnellement vaseuse comme quoi les transporteurs assument leurs rôles et in fine se laissent un peu être volés parce qu’il y a une dynamique d’entraide style « j’aide mes congénères qui m’aideront sûrement ultérieurement pour des choses que je ne sais pas faire dans des situations qui ne se présentent pas encore ». Je trouvais ça nul mais soit.

MAIS LA ! Si quand ils n’ont plus faim ils n’aident plus, ça montre bien que leur moteur restait égoïste (sans jugement de valeur) et j’en reviens à mon idée : ils cassent les couilles à me voler ma bouffe, au final je sais retourner en trouver, quand ils seront occupés à bouffer j’aurai bien un moment pour me poser manger également et ça me plaît + de continuer à faire un petit effort dans mes capacités que de me battre et ne pas pouvoir manger en paix.

Y a pas d’altruisme naturel, y a pas de solidarité naturelle à chercher dans cette configuration et rechercher en le transposant à l’humain à mon sens. Je précise bien : dans cette configuration spécifique. Juste une nécessité pour arriver à ses fins.


Vraiment dommage qu’on ne voit pas l’issue de l’expérience parce que je serais fixée plus facilement si ça se tient ou non et ce que j’aurais à en tirer. J’envisagerais bien les raisons qui poussent le réalisateur à ne pas montrer l’issue, en quoi ce serait plus intéressant de laisser le doute selon le résultat réel mais… flemme.



Conclusion :

Toujours très fun qu’on nous présente une expérience. Ça donne envie de jouer aussi, y a un champ des possibles fou.

Pas grandement tourneboulée, ça vient + renforcer des idées que j’ai déjà. Je suis juste fascinée par le fait que ce soit 3/3 et pas 2/4.

J’aurais aimé faire un lien avec les dynamiques dans les équipes de Koh Lanta. Y en a toujours + actifs sur le camp et d’autres qui en bénéficient sans avoir fait grand-chose. C’est pas du vol mais je dirais que c’est nos conventions sociales qui ont empêché le vol en rendant naturel le fait de devoir partager ce qu’on rapporte. Mais donc qu’il y a quand même une dynamique similaire qui se crée. Et aussi que les transporteurs sont là premièrement déterminés par ceux qui ont eu l’habitude d’être actifs et débrouillards, à prendre les devants. Je crois que j’ai donné mon max en réflexion, j’y reviendrai un jour, ou pas.

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le 16 juin 2025

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