Greta a 14 ans et pas du tout envie que cela change.


Charmant et frénétique, ressemblant de manière troublante à son personnage, Fantastic Birthday a tout pour plaire et il ne le sait que trop bien. Premier film de Rosemary Myers, réalisatrice australienne et transfuge du théâtre, ce teen movie, qui a la bonne idée de concentrer l'apprentissage de son héroïne en une soirée d'anniversaire particulièrement mouvementée, manque pourtant cruellement de chair et d'audace.
 
Avec son esthétique léchée (Wes Anderson et Spike Jonze sont convoqués), ses décors modulaires et force clins d’œil à l’égard du spectateur, le film tente d'embrasser le regard naïf et enflammé de l'enfance. A ce titre, il y parvient à moitié, tant la reconstitution de l'Australie des seventies se transforme progressivement en visite touristique - certes pas désagréable – au pays du cool. Au milieu de ce méli-mélo parfois criard, la réalisatrice arrive à transmettre son amour de sa petite troupe au sein de laquelle Harrison Feldman, en meilleur ami surexcité, casse la baraque et déborde (un peu) du cadre imposé.


Usant d’un ratio désormais inhabituel (le 1,33 originel du cinéma muet), Rosemary Myers place son héroïne dans des décors trop petits, engoncée dans sa chambre puis bordée dans son lit comme dans une camisole de force - jolie manière, bien qu’un peu littérale, de dire son mal-être et son besoin d’espace. La bascule s’effectue alors sans trop de surprise durant la soirée d’anniversaire que les parents de Greta lui organisent, croyant lui faire plaisir. C’est aussi là où le film échoue totalement à mettre son imaginaire de conte de fées en mouvement. Calqué sur celui de la belle au bois dormant (auquel le titre original, Girl Asleep, fait référence), l’éveil à l’âge adulte passe par un sommeil où l’inconscient se déchaîne et dans lequel Greta se rend dans une étrange forêt jouxtant sa maison-cocon. Lieu des fantasmes et du surnaturel, les figures parentales, autrefois rassurantes, y prennent une tournure cauchemardesque : le père trop protecteur devient un monstre repoussant, la mère une reine des glaces inquiétante, etc..


Problème majeur : ouvertement revendiquées et appliquées de manière très scolaire, les thèses psychanalytiques de Bruno Bettelheim exposent les mécanismes de l’imaginaire de l’adolescente en devenir et ce faisant, les privent d’une grande partie de leur mystère et de leur beauté. Toute la violence et la perversion d’un pays imaginaire qui s’écroule est donc largement tenue à bonne distance et ne semble pas avoir transformé Greta outre mesure, qui s’en retourne, dans un autre costume, continuer sa soirée, comme si de rien n’était. Une conclusion un peu trop sage, à l’image de son personnage.

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le 19 mars 2017

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