Avec Fargo, les frères Joel et Ethan Coen livrent un polar glacial au second degré mordant, où la neige immaculée du Minnesota sert de toile de fond à une lente dérive vers l’absurde.
Dès les premières scènes, on retrouve la patte des Coen : un rythme lancinant, une quasi-absence de bande originale, un humour noir et cynique parfaitement distillé. C’est tout un univers froid, presque vide, qui prend forme, rappelant celui de No Country for Old Men, où l’inhospitalité du décor devient le reflet d’une humanité déglinguée. J’ai été fasciné par la galerie de personnages minables qu’ils dressent, à commencer par Carl Showalter, incarné par un Steve Buscemi aussi fantasque qu’inquiétant, ou Jerry Lundegaard, pathétique et désespéré sous les traits d’un William H. Macy irréprochable. Face à eux, l’enquêtrice Marge Gunderson, jouée avec sobriété par Frances McDormand, apporte un contrepoint d’humanité qui rappelle fortement Ed Tom Bell dans No Country for Old Men. Mention aussi à John Carroll Lynch, discret mais très juste.
Quelques réserves, tout de même : Jean Lundegaard manque d’épaisseur, et le film pourra paraître aride à ceux peu habitués à l’univers très particulier des Coen.
Reste que Fargo est un bijou d’humour noir et de mise en scène millimétrée, aussi glaçant que jouissif. On en ressors impressionné par tant de maîtrise, et étrangement intrigué par cette noirceur finalement si humaine.