Forte surprise que ce Fatal. J'y suis allée par pure curiosité après un moment de nostalgie où une amie et moi regardions les vieux clips de Fatal Bazooka en se remémorant notre folle jeunesse. On m'en avait dit du bien et une surprenante qualité, mais aussi du mal, et puis avouons que la carrière cinématographique de Mickaël Youn laissait augurer du pire (quiconque a survécu au visionnage de "Incontrôlable" sait de quoi je parle).
Et pourtant, Youn réussit ici l'exploit de faire un film alliant satire intelligente et humour débile. Humour scabreux et parfois scatophile à tous les étages se mêlant à du comique de situation et à de la vulgarité (pas toujours dans le langage, mais dans l'ambiance même. Je veux dire. Parodier NRJ12, c'est déjà être dans le domaine du vulgaire). Mais ça réussit à être relativement intelligent, dans le sens où c'est une réelle satire de ce milieu, cette atmosphère, ces gens, ces dynamiques. Une satire motivée et argumentée. Oh, Youn est ce qu'il est et on peut faire remarquer qu'il n'est pas le mieux placé pour prendre une place de grand sage fustigeant l'inanité du monde du showbiz. Mais à vrai dire, peu importe, le film est là et il est bien fait, et les défauts de Youn n'y apparaissent point.
Il faut cependant souligner certains trucs gênants. Le personnage de Fabrice Éboué, avec ses blagues sur le viol et les relations avec des mineur-e-s, n'est clairement pas drôle et crée le malaise. De même que certaines répliques sur "les pédés". Si Youn reste toujours en équilibre sur la ligne entre l'humour réussi et l'humour problématique, il y a ici ou là quelques faux pas. Tout sujet peut sans doute se prêter à l'humour, mais il faut savoir le faire avec tact et maîtrise des conséquences éventuelles, ce qui n'est pas toujours maîtrisé ici. Mais cela reste rare et contingent à l'histoire.
En revanche, il y a plusieurs bons points. Notamment le fait que, malgré la lourdeur apparente du propos, il évite avec brio plusieurs écueils en montrant que certaines choses sont, n'en déplaise à ceux qui pratiquent un humour problématique, tout à fait possible. Le gag sur le compagnon chinois de sa mère repose uniquement sur l'incongruité de la situation et l'absurdité de la chose (bergersdumonde.com) et n'entraîne absolument pas de blague raciste ni de difficultés de la part du personnage de Youn à accepter la présence de ce monsieur.
Mais trêve de dissertations. Si l'on a aimé dans sa prime jeunesse les chansons de Fatal Bazooka et fredonné gaiment "j'aime trop ton boule" ou "parle à ma main", ce film est fait pour nous. Si on aime les comédies à l'humour parfois un peu lourd, mais intelligent, aux gags constants et , oui, je le redis encore, intelligents (la parodie de kéké musical qui se prend pour un gourou sauvant le monde, incarné par Stéphane Rousseau, est jouissif), ce film est fait pour nous. Si on aime les critiques acerbes du monde des médias et de la télé-réalité, ce film est fait pour nous. La façon dont il descend en flèche ces nouveaux médias style "info à tout prix" qui n'ont aucune conscience (quand la journaliste lui court après en criant "les gens ont le droit de savoir", comme si c'était là un devoir d'information qu'elle accomplissait), avec rapacité et sans aucune conscience, est jouissive également. Symptômatique, la scène où Fatal se lance dans un discours larmoyant sur le manque de conscience du milieu, des musiciens, des producteurs, des journalistes, mais aussi du public lui-même qui cautionne, et que, alors que l'on s'attendrait à un revirement de situation où tout le monde se tombe dans les bras en plein mea culpa, comme le feraient beaucoup de comédies pseudo-incisives, le public au contraire se met à le huer et à continuer. La prise de conscience n'est tolérée que tant qu'elle permet de continuer le spectacle.
Et les chansons. A peine moins bien que celles de beaucoup d' "artistes" actuels, en fait. "Je suis au top moi tu vas tu vas faire quoi", prends-en de la graine, Maître Gims. Et jolie référence à MC Hammer en prime. Et jolie satire des Enfoirés. Et, oui, j'aime bien. Beaucoup moins bête et méchant qu'il n'en a l'air, ce film. On peut ne pas aimer cet humour parfois lourd (l'humour scatophile, je n'ai pas ri) mais après tout, ça n'est pas moins raffiné que certains films de la team des Bronzés et de Papy fait de la Résistance, et c'est plus intelligent au niveau du propos.
Oui, je m'attendais à un truc au mieux débile et vaguement drôle, au pire consternant et problématique. Et j'ai beaucoup ri. Peut-être que la gosse de collège qui écoutait Fatal Bazooka y est pour quelque chose, je le concède. Mais le voir monter sur scène hurler "fous ta cagoule" avant d'entonner une pseudo danse traditionnelle sur fond d'accordéon était la cerise sur le gâteau.
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